Wild Horse Nine
Peu avant le coup d’État chilien de 1973, deux agents de la CIA sont envoyés de Santiago sur l’île de Pâques. Partenaires de longue date, ils sont devenus amis avec le temps. Mais cette amitié va soudain être mise à l’épreuve…
Entrez dans l'œuvre de Martin McDonagh
Le réalisateur Martin McDonagh (Three Billboards, Les Banshees d’Inisherin) s’associe à John Malkovich et Sam Rockwell pour nous offrir une nouvelle petite pépite à la fois drôle, touchante et mélancolique, comme il en a le secret. On l’espère, Wild Horse Nine plaira à beaucoup. Sa palette est assez large, allant du vrai faux polar à la diatribe politique, en passant par la fable. Un peu tout cela à la fois, le film est surtout une belle histoire d’amitié, admirablement interprétée et portée par un décor magnifié par le chef‑opérateur Ben Davis, collaborateur de longue date du cinéaste.
Inclassable, le film ressemble tout de même à la filmographie de son auteur et ne réconciliera donc pas les allergiques à son style bavard et théâtral. Qu’importe, ce n’est pas son but. Ceux qui, au contraire, en raffolent vont être aux anges : c’est sans doute son meilleur film. Pour ceux qui ne le connaissent pas, c’est la porte d’entrée idéale dans son œuvre.

© Diego Araya Corvalán/Searchlight Pictures
Amicalement vôtre
Ses deux acteurs principaux, John Malkovich en tête, sont tout bonnement incroyables. Sa tirade sur le fromage restera sans doute dans les annales, à la fois totalement barrée et diablement poétique. L’acteur revient au sommet de son art et livre une performance extrêmement touchante, très souvent hilarante. Paradoxalement, c’est presque la renaissance du Malkovich qu’on avait adoré dans les années 90, alors même qu’il incarne un homme au seuil de sa vie.
Face à lui, Sam Rockwell rappelle combien un bon partenaire de jeu, celui qui reçoit les dialogues et les punchlines, celui qui sert de faire‑valoir en quelque sorte, est aussi important que celui qui les envoie. Tout en nuances et en non‑dits, il possède une vis comica qui fait mouche à chaque fois. Une qualité d’autant plus appréciable qu'elle est totalement en phase avec son personnage.
L’alchimie, à la fois fragile et délicate, qui unit ce duo donne au récit toute sa profondeur émotionnelle. Mais le film prend le temps de se dévoiler : la force de l’amitié qui lie les deux hommes apparaît peu à peu, jusqu’à la séquence finale, merveilleusement mise en scène et subtilement opposée à une scène précédente située au même endroit. Admirez le travail sur les ombres des nuages…

© Diego Araya Corvalán/Searchlight Pictures
Pâques drôle
Wild Horse Nine est un film qui questionne l’amitié, comme les précédents de son auteur. Il n’y a certes pas grand‑chose de nouveau, mais le propos est ici particulièrement accessible, à l’inverse donc des Banshees d’Inisherin (rien que le titre, un peu hermétique !). Ce qu’on est capable de faire et d’accepter au nom de l’amitié : voilà quelques‑unes des questions profondes que pose le film avec tact et beaucoup d’humour. Assurément, Wild Horse Nine est un film auquel on repense une fois la séance terminée.
Le discours politique du film et sa trame policière, incarnée par le toujours génial Steve Buscemi, ajoutent au charme de l’ensemble. Ils permettent d’éviter le pathos, même si certains éléments restent assez prévisibles et que la vision des personnages féminins, notamment, ainsi que deux ou trois dialogues, s’avèrent très patriarcaux. Bien sûr, l’action se passe dans les années 70, mais il s’agit tout de même d’un regard d’aujourd’hui sur cette période. À force d’être piquant, on peut blesser.
Reste le décor de ce questionnement sur l’amitié, le deuil et les regrets de fin de vie, sur fond de troubles politiques : l’île de Pâques. Une superbe idée de cinéma, car le lieu a été assez peu filmé et se révèle particulièrement intéressant sur le plan métaphorique. Comme chacun sait, une grande partie des « grosses têtes » est enfouie sous le sol. Le film donne indéniablement envie d’aller y faire un tour…