par Nicolas Bellet
le 04 novembre 2026 - 11h52

Martin McDonagh lâche les chevaux

Martin McDonagh enchaîne les petites pépites cinématographiques à un rythme régulier (Bons baisers de Bruges, Sept psychopathes, Three Billboards : les panneaux de la vengeance, Les Banshees d'Inisherin). Son dernier petit chef‑d’œuvre, Wild Horse Nine, se déroule sur l’île de Pâques, où un duo d’agents de la CIA a décidé de passer quelques jours de vacances avant d’entamer une mission de déstabilisation politique. Sam Rockwell et surtout John Malkovich y font des étincelles, nourris, il faut bien le dire, par des dialogues et des situations ciselés au cordeau.

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© Nicolas Bellet
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Première question toute simple, pourquoi « Wild Horse » et pourquoi « Nine » ? Que signifie le titre ?

Je n’en suis pas vraiment sûr moi‑même. Je trouve que ça sonne poétique et mystérieux, mais en fait, je n’en sais rien…

 

Votre film parle du deuil, du vieillissement, de la mort, mais aussi de politique, le tout avec un certain humour. Comment avez‑vous réussi à équilibrer tous ces thèmes ?

Je crois que la plupart de mes films comportent une forme d’humour. C’est sans doute ma façon naturelle d’écrire. Mais celui-ci, en particulier, raconte l’histoire triste d’un homme qui arrive au terme de sa vie et regrette les horreurs qu’il a commises. Je n’aime pas les films trop didactiques ni les leçons de politique. Je n’avais jamais fait de film aussi politique que celui‑ci, avant, mais j’aime surtout que mes films soient divertissants. Je voulais trouver un équilibre entre la comédie et la vérité, sans jamais tomber dans un ton moralisateur.

 

Diriez‑vous que c’est une sorte de bromance ?

Je dirais que c’est même plus que ça. C’est une véritable histoire d’amour entre ces deux hommes, je crois. Si The Banshees of Inisherin marquait la fin d’une histoire d’amour, ici, on est encore en plein dedans, parce qu’il fallait que le personnage de Sam Rockwell soit profondément attaché à cet homme plus âgé joué par John Malkovich pour que cela fonctionne. C’est l’une des raisons pour lesquelles John et Sam fonctionnent si bien ensemble dans ce film : ils ont l’un pour l’autre, hors caméra, une affection et un respect qui se ressentent vraiment à l’écran.

 

On entre dans leur histoire en plein milieu, alors que le respect et l’affection sont déjà là. Je suppose qu’une partie du récit consiste à découvrir quelle part de ces sentiments est feinte et dans quelle mesure ils sont sincères. Surtout à partir du moment où l’autre agent de la CIA, incarné par Steve Buscemi, fait son apparition. Mais pour que le drame fonctionne, il fallait en effet que ces hommes partent d’un sentiment d’affection, je crois.

 

Martin McDonagh sur le tournage de Wild Horse Nine sur l'Île de Pâques © Diego Araya Corvalán/Searchlight Pictures

Martin McDonagh sur le tournage de Wild Horse Nine sur l'Île de Pâques © Diego Araya Corvalán/Searchlight Pictures

 

Votre film joue avec la réalité, mais se base aussi sur des faits historiques…

Oui, tout à fait. Tout ce que nous racontons au sujet du renversement du président élu du Chili, en 1973, est parfaitement exact. Les détails de l’implication de la CIA au Congo sont vrais, tout comme ceux concernant le Guatemala. Bien sûr, ce qui concerne Kennedy relève davantage de la rumeur et des témoignages indirects. Mais je ne pense pas que quiconque veuille vraiment contester ce qui est dit dans le film. La CIA pourrait me tuer pour ça, mais elle ne le contesterait pas ! (rires).

 

En fait, le film parle aussi de notre époque ?

Absolument. J’essayais de raconter une histoire très précisément située en 1973, mais, même pendant le montage et encore plus depuis que le film est terminé, il m’est très difficile, comme pour les spectateurs, d’ailleurs, de ne pas remarquer que ce qui se passe aujourd’hui est le reflet de beaucoup de choses qui se passaient alors. L’histoire se répète, je crois, de façon toujours plus stupide. L’affaire du Venezuela a eu lieu juste après la fin du montage. C’est triste à dire, mais les choses ne semblent pas vraiment s’améliorer…

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