le 05 octobre 2026 - 16h01 (mis à jour le 05 octobre 2026 - 16h05)

En analyse ‑ Carrie, la scène monstrueuse de la douche

Inauguration d'une nouvelle thématique « En analyse » (d'un plan ou d'une scène culte du cinéma) à l'occasion de la sortie de la série Carrie de Mike Flanagan sur Prime Video, le 7 otobre. Retour en 1976, lorsque Brian de Palma, jeune cinéaste de 36 ans, porte à l’écran le premier roman du futur maître de l’épouvante, un certain Stephen King. L’histoire d’une adolescente brimée par une mère catholique fanatique et humiliée par les élèves de son lycée. La découverte de ses pouvoirs télékinétiques aura l’effet d’une bombe cathartique à la soirée de bal de fin d’année. Focus sur la scène de la douche.

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La séquence inaugurale du film s’ouvre sur un entraînement sportif dans lequel s’affrontent deux équipes de jeunes ados. Une tâche parasite ce match chargé en adrénaline, Carrie White (formidable Sissy Spacek) se démarque d’emblée du groupe avec son attitude gauche et hésitante. D’ailleurs, le ballon qu’elle ne parvient pas à réceptionner lui coûte en remarques humiliantes de la part de ses camarades de classe.

 

Un fantasme qui vire au rouge

Un lent travelling latéral nous immerge ensuite dans la moiteur des douches collectives. Début de générique. La musique sensuelle de Pino Donaggio accompagne le ballet ordinaire des jeunes filles en fleurs. Filmées au ralenti, des adolescentes apparaissent comme des nymphes baignées dans la photographie vaporeuse du DOP Mario Tosi. Elles s’habillent et visiblement à l’aise avec leur corps, certaines d’entre elles courent nues entre les casiers ou en petite culotte. Les rires et les jacasseries en off assoient l’image d’une jeunesse insouciante et décomplexée. Le temps est suspendu et la caméra voyeuse réalise un fantasme masculin qui passerait mal aujourd'hui : « … tous les garçons ont rêvé de savoir ce qui se passe dans les vestiaires des filles. (…) on a tourné Carrie dans la première moitié des années 70, une époque où il y avait des filles nues dans tous les films », cite De Palma.

 

Le corps comme canal de pulsions

Le plan‑séquence virtuose se poursuit avec un travelling avant qui isole la jeune Carrie sous sa douche au fond du vestiaire (célèbre référence à Psychose d’Hitchcock). Le jet d’eau coule sur sa peau diaphane et sa chevelure rousse. Moment d’intimité qui oscille entre onirisme et motifs symboliques, soit le blanc pur de sa carnation opposé à la rousseur associée à la sexualité et au Mal dans l’imaginaire collectif.

 

Cette image profondément manichéenne prélude à l’arrivée des règles de la jeune fille qui ne comprend pas ce qui lui arrive (éducation puritaine oblige) et interprète cette étape naturelle comme le Mal absolu. Avec elle, la caméra s’affole, se fraie un passage parmi les élèves qui se moquent et balancent des tampons et des serviettes hygiéniques comme on lapiderait une sorcière. Scène d’une violence inouïe à travers laquelle le passage douloureux vers l’âge adulte ‑le sang menstruel donc‑ permet de libérer les pouvoirs surnaturels.

 

Recroquevillée au fond de la douche, Carrie est paniquée et pleure à chaudes larmes, sa prof de sport tente de la calmer. Une panique telle que son don télékinétique provoque un court‑circuit. Elle ne le sait pas encore mais le monstre qui sommeillait en elle vient de se révéler…

 

Notre critique de la série de Mike Flanagan, disponible sur Prime Video dès le 7 otobre, en cliquant sur Carrie.

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