le 18 août 2026 - 16h51 (mis à jour le 18 août 2026 - 16h52)

Format Imax et Christopher Nolan : l'imposture du ratio 1.43:1 selon le réalisateur João Ganho

Alors que le monde du cinéma s'extasie régulièrement sur les prouesses visuelles de Christopher Nolan et de son format Imax fétiche, notamment à l'occasion de la sortie de son spectaculaire dernier film L'odyssée, toutes les voix ne résonnent pas en chœur. Le réalisateur et ingénieur du son portugais João Ganho vient de jeter un pavé dans la mare, rappelant que l'Imax reste, selon lui, un format narrativement dépassé et contraire à la vision humaine.

 

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Format Imax et Christopher Nolan : l'imposture du ratio 1.43:1 selon le réalisateur João Ganho
© João Ganho/Instagram
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Le réalisateur portugais João Ganho (récompensé par le Prix du Public pour son documentaire Play it Again, Yuki en 2024), par ailleurs monteur et designer sonore fort de 14 ans d'expérience en post‑production, a pris la parole sur les réseaux professionnels suite à la sortie cinéma de L'odyssée. Son objectif ? Déconstruire le mythe de l'Imax et de son ratio d'image chéri par Christopher Nolan.

 

Imax, une erreur historique face au Cinémascope ?

Dans sa tribune, le réalisateur pose une question fondamentale : l'Imax n'est‑il pas une régression narrative ? Selon lui, le ratio 1.43:1 est une erreur historique, née d'une simple contrainte technique dans les années 60, bien loin de l'ambition d'immersion du Cinémascope (2.35:1). Ce dernier avait en effet été pensé pour épouser le champ de vision humain, beaucoup plus étendu à l'horizontale.

 

Christopher Nolan, piégé par la très haute résolution ?

La charge vise ensuite directement Christopher Nolan. Autrefois maître du format large (Memento, Insomnia), le cinéaste britanno‑américain se serait laissé aveugler par la définition extrême de la pellicule 70 mm au détriment de la narration. Résultat, il s'enfermerait dans un cadre « presque carré » s'apparentant à de vieilles télévisions 4:3 sous stéroïdes.

 

La parole au réalisateur João Ganho

Pour en savoir plus sur la déclaration de Joao Ganho, la voici traduite fidèlement et sans coupure : « Je suis fatigué du sujet pellicule contre numérique. Comme le son numérique contre le son analogique. Ce n'est pas une question de format et de support, mais de ce qu'on y met et comment. La question avec L'odyssée ne devrait pas être de savoir si les caméras Imax et les projecteurs Imax 70 mm sont supérieurs aux caméras numériques 17K modernes et à la projection Dolby Vision 4K. Cela devrait porter sur quelque chose de beaucoup plus intrinsèque à l'histoire. Et c'est... le ratio d'image du cadre !

 

L'Imax, et son unique projecteur, est né dans les années 1960 pour des lieux spécifiques comme substitut à un format populaire qui utilisait plusieurs projecteurs 35 millimètres. Son ratio d'image original de 1.43:1 est né du ratio d'image créé par la somme de cette projection multi‑projecteurs 35 mm, un format que l'Imax avait l'intention de détrôner. Il ne s'agissait pas de raconter des histoires. C'était une imitation technique moins chère que d'avoir plusieurs projecteurs 35 mm créant une image projetée en 1.43:1. Un ratio d'image qui était faux dès le départ…

 

Bien avant l'Imax, dans les années 1950, le Cinérama et le Cinémascope ont été inventés pour ramener le public dans les salles de cinéma. La nouvelle télévision hertzienne, avec son ratio d'image de 4:3 et ses cadres électroniques en noir et blanc, éloignait les gens du grand écran projeté dans l'ancien format de l'Académie en 35 mm, avec son ratio 1,33:1. Le public avait le sentiment que rester à la maison pour regarder une image 4:3 était exactement la même chose que d'aller au cinéma devant un écran qui avait presque les mêmes proportions. Franchement, ils avaient en partie raison, peu importe les nombreux chefs‑d'œuvre cinématographiques qui étaient tournés dans le ratio de l'Académie (NDLR : Academy of Motion Picture Arts and Sciences, institution américaine en charge par exemple de l'organisation et la remise des célèbres Oscars chaque année).

 

L'odyssée © Universal Pictures

L'odyssée © Universal Pictures

 

Le Cinérama avait un ratio d'image de 2.59:1 et le Cinémascope de 2.35:1. L'idée des cinéastes était la suivante : plus l'écran est grand, plus le public aura d'histoire dans le cadre. C'est pourquoi l'Imax, avec son ratio d'image de 1.43:1, était déjà obsolète en tant que format de narration dans les années 1960 ! Dans les années qui ont suivi, les grands ratios d'image comme le Cinémascope et le 70 mm (2.20:1) ont été le choix de prédilection des grands réalisateurs pour tourner des histoires plus grandes que nature. Kubrick, Lean, Visconti, Leone, Peckinpah, Spielberg, Mann, Tarantino et Christopher Nolan viennent à l'esprit.

 

Malheureusement, Nolan, un maître du cadrage en 2.35:1 dans ses premiers films comme Memento et Insomnia, a décidé de commencer à tourner quelques scènes pour ses films à venir en Imax 70 mm avec un ratio d'image de 1.43:1. Il a remanié l'Imax, un format ancien et esthétiquement obsolète, sans deviner l'impasse dans laquelle cette décision le mettrait pour trop longtemps...

 

Étant un maître du cadrage en 2.35:1, pourquoi s'en est‑il tenu à un cadre presque carré ? Parce qu'il était surtout intéressé par la pellicule haute résolution 70 mm de l'Imax et son écran immense. Mais, dans cette poursuite, il s'est éloigné de la véritable raison esthétique derrière chaque grand format de film comme le Cinérama et le Cinémascope. Leurs inventeurs voulaient être plus grands que la télévision hertzienne de la bonne manière. Et cela signifiait s'agrandir selon la façon dont la vision humaine voit le monde...

 

Notre angle de vision est beaucoup plus large sur le plan horizontal que sur le vertical. C'est pourquoi, dans les films, le héros passe parfois inaperçu et en sécurité en se suspendant au plafond ! Les inventeurs du Cinérama et du Cinémascope l'avaient compris. L'Imax, jamais...

 

Regarder des histoires plus grandes que nature tournées et projetées dans le ratio d'image original 1.43:1 de l'Imax (ou l'Imax Laser 1.90:1), c'est comme regarder un écran de télévision 4:3 avec une hyper résolution et des hyperdimensions. Ses limites de cadre « carré » restreignent la narration parce que la vision humaine ne fonctionne pas de la même manière. Tout réalisateur qui pense le contraire passe à côté de la moitié de l'histoire et du grand angle, peu importe s'il tourne et projette en analogique ou en numérique. Racontez simplement l'histoire de la façon dont l'angle de vision du public la voit. Tout le reste, c'est du charabia marketing... ».

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