le 17 mars 2009 - 12h05

Andy Serkis

Découvrez l’interprète de King Kong. Celui qui lui a donné ses gestes, ses mimiques, ses attitudes, son âme…
A

 

Est-ce qu'interpréter Kong a nécessité une préparation particulière de votre part ?

 

Lorsque Peter Jackson m'a offert le rôle, j'ai su que mon travail allait porter essentiellement sur le comportement de Kong. Dans la version de 1933, Kong est représenté comme un véritable monstre. Or, je voulais que mon interprétation soit la plus proche possible de la réalité. Je me suis alors documenté sur le sujet. J'ai lu énormément de livres. J'ai visionné des tonnes de documentaires. Je me suis carrément installé au zoo de Londres pour étudier le comportement des gorilles sur place. Ce travail de préparation, qui a duré une année, a été quelque chose de fantastique.

 

Comment avez-vous trouvé le bon dosage entre les réactions animales de Kong et celles plus proches d'un être humain ?

 

Il est très difficile de faire passer une émotion en ayant un comportement simplement « animal ». Il faut sans cesse se tenir sur cette frontière entre le gorille et l'humain, sans jamais s'écarter de cette ligne. Il suffit d'une réaction mal amenée pour que le public décroche. À ce moment, il est primordial de doser son jeu pour que le spectateur adhère complètement au personnage. Il découvre au fur et à mesure quelles sont les émotions de Kong, sans pour autant douter de sa bestialité.

 

Avez-vous inventé un passé et une histoire à Kong, comme vous l'auriez fait pour un personnage humain ?

 

Oui, complètement. Lorsque j'observais le comportement des gorilles, je me suis rendu compte que chacun avait une personnalité différente. Au même titre que chaque être humain est un individu distinct des autres. Dès lors, il fallait que je sache qui était vraiment Kong. J'ai donc beaucoup travaillé avec Peter sur ce point précis. Kong est le dernier représentant de son espèce. Sa famille a été tuée par les autres créatures de Skull Island, chassée et traquée par les habitants du village de l'île. Dans le long métrage, King Kong conserve dans sa tanière les ossements de sa mère. J'ai vu un documentaire où un gorille veillait sur le cadavre de sa mère. Il ne cessait de taper sur sa poitrine, comme pour la réveiller. Au bout d'un moment, dépité et épuisé, il a enfin abandonné sa dépouille. Cette image poignante de ce gorille enfant a été le point de départ de ma construction personnelle du personnage de Kong. Je l'ai fait évoluer dans un contexte hostile et violent. Kong doit y survivre, jusqu'à sa rencontre avec Ann Barrow.

 

Quelle a été la chose la plus difficile à faire passer à l'écran en tant que Kong ?

 

Sans aucune hésitation, je répondrais sa personnalité. Je n'avais pas de dialogue pour m'aider. Il était donc très important pour moi de savoir comment les gorilles se comportent et communiquent. Il fallait aussi que je digère ces informations pour que le public puisse les comprendre et surtout ressentir les émotions de Kong. Le plus difficile a été de trouver constamment la juste attitude pour rester crédible et faire passer l'émotion de l'instant.

 

N'avez-vous jamais été tenté de faire un rapprochement entre le personnage de Golum du Seigneur des anneaux et celui de Kong, qui sont en fait deux créatures qui souffrent ?

 

Si, absolument. Ce sont deux créatures solitaires qui cherchent l'apaisement.

 

Kong a-t-il été plus difficile à incarner que Golum ?

 

Tout est question de proportions. Golum gardait une proportion humaine, tandis que Kong a des bras plus longs que ceux d'un être humain. Lorsque j'étais sur le plateau de Motion Capture, nous avons expérimenté plusieurs extensions de bras pour que je puisse continuer à me servir de mes mains. Nous avons finalement opté pour une construction du plateau sur deux niveaux, pour que mes bras soient constamment en contact avec le sol.

 

Les impératifs techniques des effets spéciaux et les contraintes qu'ils entraînent vous ont-ils gêné dans votre jeu ?

 

Non, pas du tout ! Quand Peter Jackson disait « Action ! », je rentrais complètement dans le costume de Kong. Ensuite, le son m'a beaucoup aidé. Il y avait un énorme haut-parleur qui diffusait les cris de Kong et donnait une idée « sonore » de sa taille.

 

Quelle part d'improvisation y’a-t-il lorsque le jeu d'un comédien est aussi dépendant de la technique et des effets spéciaux ?

 

Totale. J'étais complètement libre de faire ce que je voulais. Lorsque j'étais en studio de Motion Capture, je pouvais bouger exactement comme je le souhaitais. Ce sont les capteurs qui saisissaient mes mouvements. Pas les caméras.

 

Quelle a été votre impression lorsque vous avez découvert pour la première fois les effets spéciaux terminés sur Kong ?

 

Je ne le saurai jamais (rires). En fait, la réalisation des effets spéciaux se fait étape par étape. Plus les jours passent, plus vous voyez les évolutions graphiques. La vraie surprise a été de découvrir comment les 132 marqueurs posés sur mon visage animaient celui de Kong à la perfection. C'était extraordinaire.

 

Avez-vous senti que la pression sur Peter Jackson pour King Kong était moins forte que pour la trilogie du Seigneur des anneaux ?

 

Pas vraiment. Sur le tournage de la trilogie, il y avait sept équipes qui travaillaient en même temps, tous les jours. Sur King Kong, il n'y avait que deux équipes. Mais ça reste quand même un énorme projet. King Kong est le film que Peter a toujours rêvé de faire.

 

Quelle créature aimeriez-vous être dans un prochain film ? (cette interview a été réalisée à l'époque de la sortie du film en DVD, NDLR)

 

C'est malheureusement trop tard. Le film vient d'être tourné. Mais dans le roman de Süskind, Le parfum, il y a un personnage que j'aurais adoré incarner à l'écran. Dommage.

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