Comment est né le projet La bataille de Gaulle, depuis quand le portez‑vous ?
Je pense qu'il a mûri depuis longtemps, consciemment ou inconsciemment. Je me souviens de quand je suis rentré à la maison un jour, et que j'ai dit à Bérénice, ma femme, que je voulais faire un film sur de Gaulle, elle n'a pas été surprise du tout. Elle m'a rappelé que quand on s'est rencontrés, j'avais les mémoires de de Gaulle à la main, ce que j'avais oublié. D'ailleurs, on a fini par l'écrire ensemble. Donc, c'était quelque chose qui probablement a infusé à travers plein de choses, mais c'est vrai que la rencontre s'est faite après mon retour des États‑Unis, où j'ai été assez frappé de voir une France qui était quand même très sous influence des États‑Unis, à beaucoup de niveaux. Notamment la langue. Je voyais dans la rue un peu partout des choses écrites en mauvais anglais, un mélange de mauvais anglais, de mauvais français. Je voyais des gens qui prenaient des décisions dans les élites, des décisions qui étaient quand même beaucoup basées sur ce qu'allaient penser les Américains, tout en les critiquant… Il y a quelque chose qui me travaillait à ce niveau‑là.
Et puis un jour, j'ai lu la biographie de Julian T. Jackson et, comme par ailleurs, j’avais toujours rêvé de faire un film sur Don Quichotte, je me suis dit là, j'ai trouvé mieux : de Gaulle ! Parce que non seulement il place l'imaginaire avant le réel. Le réel, c'était la capitulation et l'occupation nazie. Mais en plus, il arrive à transformer ce rêve en quelque chose qui change le cours du monde.
Mais concrètement, comment fait‑on un tel film ?
Une partie du travail de Simon Abkarian [interprète de de Gaulle] a été de se libérer de ce poids. Je pense que c'est vrai pour toute l'équipe, ça a été vrai pour moi aussi, et même dès le moment de l'écriture. Le de Gaulle de 1940, c'est un inconnu qui s'engage dans une cause perdue, à qui personne ne fait confiance, que personne ne connaît, que les contemporains voient comme un type un peu fou. Il faut absolument se libérer du poids de l’icône si on veut être dans le présent de ce personnage‑là. Et donc, cet aspect‑là, se libérer du poids, a fait vraiment partie du travail.
Votre film raconte un personnage de notre Histoire, mais est aussi un vrai blockbuster à portée internationale, avec de l'action, du suspense… C’était important de ne pas faire qu’un film historique ?
Moi, je ne réfléchis pas tellement par genre. J'ai plutôt tendance à essayer de porter à l'écran les images que moi j'ai envie de voir. Et que j’ai envie de voir depuis le moment où, enfant, j'ai commencé à aimer les films. Donc je ne raisonne pas tellement en me disant, il faut qu’il y ait ceci, qu’il y ait cela, il faut qu’il y ait tel dosage… J'essaie plutôt de rester fidèle à l'histoire que j'ai envie de raconter et de la montrer de la manière dont moi, spectateur, j'aimerais la voir.
Mais ce qui se passe à cette époque‑là, c'est quand même très spectaculaire. Je veux dire, pour des gens qui le vivent. Le restituer sous une forme simpliste, en faire un film de bureau, par exemple, cela aurait été passer à côté aussi de la dimension épique de cette histoire.
La polysémie du titre était‑elle intentionnelle ?
Bien sûr. Mais c'est quand même extraordinaire de s'appeler de Gaulle. Les Anglais, quand ils voient arriver de Gaulle en Angleterre, ils n’y croient pas, ils pensent que c'est un nom de code. Et Le type s'appelle de Gaulle. Et donc, voilà, c'est quelque chose qui est frappant. Le titre, effectivement, rappelle ça d'une certaine manière. Et rappelle aussi derrière une personne, il y a un idéal.
Le film fut tourné en Imax. Pourquoi l’emploi de ce format assez difficile à maîtriser ?
Vous savez, rien n'est facile, tout est difficile et tout est du travail. Et surtout, tout est passionnant. Oui, bien sûr, il y a des contraintes avec ce format, mais en même temps, c’est une source d'inspiration pour moi. J’aime le cinéma immersif et l'Imax permet ça. Mais j’ai également étalonné et mixé pour tous les autres formats. À chaque format, sa spécificité, sa beauté. Et je vais vous dire un truc : le format vidéo avec un son stéréo, etc., je vais y passer du temps, parce que c'est ça qui va rester. Et donc, il aura lui aussi son traitement, son étalonnage, son mixage. En fait, chaque format m'intéresse, chaque format amène ses contraintes, mais aussi ses défis et sa beauté.