Guillaume Canet : avec Marion Cotillard, le couple ferré !
Présenté en sélection officielle, hors compétition, au Festival de Cannes 2026, Karma est le neuvième film réalisé par l’acteur Guillaume Canet qui, pour une fois, n’apparaît pas à l’écran. Il offre en effet à son ex‑compagne Marion Cotillard le premier rôle, un rôle d’héroïne quasi hitchcockienne emprisonnée dans une secte dirigée par un Denis Ménochet au sommet de son art.
C’était la première fois que vous écriviez un premier rôle féminin, presque hitchcockien. D’où vous est venue cette envie soudaine ?
D’abord, j’avais envie d’écrire un film avec une femme au cœur de l’histoire, ce qui n’était effectivement pas le cas dans mes précédents films. Il y avait aussi l’envie d’écrire un grand rôle pour Marion, parce que j’avais cette frustration, en tant que metteur en scène, de ne pas lui avoir offert, depuis toutes ces années, un rôle à la hauteur de son talent.
En plus, c’est très agréable d’écrire pour quelqu’un qu’on connaît bien. Même si elle n’est pas du tout le personnage, il y avait des choses chez elle que j’avais envie de mettre dans le film. Des choses qui correspondent à son tempérament, à sa force, à son courage, à sa combativité, à son refus de tout enfermement, et même à son petit côté rebelle, que je trouvais intéressant.
Qu’est‑ce que cela vous a appris sur elle ?
Cela ne m’a rien appris de nouveau sur elle, parce que je n’ai pas été surpris. En revanche, j’ai compris au fur et à mesure du tournage que j’avais tellement l’habitude de travailler avec elle, de la voir travailler et de connaître son talent, que je m’y étais presque habitué.
Au milieu du film, il y a eu des scènes particulièrement dures à jouer qui m’ont fait prendre conscience du travail qu’elle avait accompli en amont du tournage. Elle était capable, en une seule prise, de livrer une interprétation magistrale qui retournait tout le plateau. J’ai alors réalisé à quel point elle était forte. En fait, quand on connaît les gens, on s’habitue à eux. On les admire, oui, mais à force, on finit par oublier à quel point ils sont talentueux. Au fur et à mesure du film, j’ai pris des tartes dans la gueule en voyant l’interprétation de Marion et je me suis dit : « Ouais, elle est quand même… ».
Le personnage de Denis Ménochet exerce une emprise totale sur celui de Marion. Cela rappelle un peu la relation entre les personnages de Denis Ménochet et de Léa Drucker dans Jusqu’à la garde ?
Ce sont tout de même deux films assez différents, et surtout deux personnages différents. Ils n’ont pas du tout les mêmes enjeux. Pour moi, Jusqu’à la garde, qui est un chef‑d’œuvre, je le pense sincèrement, est un film qui me met une tarte monumentale, tant au niveau de la mise en scène que de l’interprétation. Moi, je n’avais rien vu venir. Au début du film, on pense que c’est le personnage de Léa qui est immonde, et c’est toute la magie du film.
Dans Karma, son personnage dérape aussi, mais pour plein d’autres raisons. Ils n’ont pas du tout la même histoire ni la même trajectoire… Si je dois être honnête, je dois avouer que j’ai pensé à Denis, non seulement à cause de Jusqu’à la garde, mais aussi parce que je le connais depuis longtemps. Nous avons fait un film ensemble ! Et bien sûr, la puissance de son interprétation dans Jusqu’à la garde m’a largement rassuré.
On sent que le film est très écrit. Il y a peu de place au hasard dans votre mise en scène…
Oui, en fait, quand j’écris, j’écris la mise en scène en même temps. J’ai une page pour la scène et, en général, une autre page sur laquelle je note les plans. Pour ce film, j’avais une envie très particulière en matière de cadrage et de lumière, avec une référence à Vermeer : des sources de lumière venant de l’extérieur pour marquer l’enfermement. Je voulais montrer qu’à l’intérieur, tout est sombre et que la lumière vient du dehors. C’est quelque chose dont nous avons parlé avec Benoît Debie, un immense chef‑opérateur avec qui j’ai eu la chance de travailler.
Et puis, oui, il y avait cette volonté de cadrer Marion de très près tout au long du film, ainsi que le personnage de Denis, mais progressivement. La première fois qu’on le voit, je voulais le montrer de dos. Je ne sais pas pourquoi, c’était une sorte d’évidence dans ma tête : je voulais d’abord le voir de dos. Il y avait des envies comme ça. En tout cas, ce qui est très différent pour moi sur ce film, c’est que pour la première fois de ma vie, je me suis un peu plus ouvert aux autres. Je me suis surpris à écouter les avis des coproducteurs, de la monteuse, du chef‑opérateur… et, évidemment, des acteurs aussi. Je pense que, finalement, cela m’a fait le plus grand bien.
Dans quel sens ?
J’ai toujours pensé, bêtement, que demander leur avis aux autres et les écouter était une preuve de manque de confiance en soi. Je pense aujourd’hui, au contraire, que cela témoigne d’une grande confiance en soi que de savoir exactement ce que l’on veut pour une scène, tout en restant intéressé par l’avis des acteurs, d’un assistant‑réalisateur ou d’autres collaborateurs. Cela me permet de voir mes décisions sous un angle un peu différent. Il m’est même arrivé d’affiner mes choix en fonction de ce que l’on me suggérait. M’ouvrir un peu de cette manière m’a fait beaucoup de bien.