Interview
Mathieu Amalric - L'agent immobilier

En plein confinement, le comédien revient sur la mini‑série L’agent immobilier qu'il transcende littéralement. Sensible, gentil et généreux, il se confie sans compter. Une parenthèse enchantée.

À la lecture du scénario de L’agent immobilier, sa dimension burlesque vous a‑t‑elle fait peur ?

MA : pas du tout. C’est un délire extrêmement organisé. Ça ne m’étonne pas qu’ils aient eu le prix du Scénario à La Rochelle. C’est subjuguant de maîtrise romanesque. Alors bien sûr, au départ, on peut se dire que cette succession d’événements délirants et ce poisson qui parle, c’est n’importe quoi. Mais tout ça s’inscrit dans une logique que l’on accepte d'emblée avec une émotion finale incroyable. Etgar [Keret] amène une humanité douce à tout cela, ce n’est pas de la virtuosité, c’est du cœur.

 

Eddy Mitchell, votre partenaire, nous a dit que s’il avait accepté de jouer dans la série avant tout pour avoir le plaisir de vous donner la réplique…

MA : (surpris) Il ment ! Bon, il y a une chose qui est certaine, c’est que vous ne le verrez jamais dans un endroit où il n’a pas envie d’être. Pour moi, savoir qu’il avait dit oui en sachant que j’étais dans le paysage, ça voulait dire qu’il m’aimait bien. Ça c’est sûr (il rigole).

 

Voilà ce qu’il dit de vous : « J’aime beaucoup ce mec. C’est quelqu’un de franc, de direct et d’entier. En tant que comédien, il n’en fait pas des tonnes mais si vous tournez une scène violente avec lui, il faut faire attention, parce que le Monsieur, il y va à fond »…

MA : oh mais dites donc (ému), vous me faites ma journée là. Mais vous savez, quand vous embarquez des gens habités avec vous, tout le monde sort ce qu’il a de plus beau. C'est une question de générosité. Eddy était à fond, mais au‑delà de ça, pour moi, c’était quand même dément de pouvoir se dire que pendant deux mois, bah mon papa, c’était Eddy ! Vous vous rendez compte de la chance ? Je trouve que ce qui est encore plus touchant, c’est qu’on a l’impression que ça a été écrit pour lui alors que non.

 

Comment s’est passé sur le tournage ?

MA : une bénédiction. Eddy, il amène une humanité. C’est un guide. À moi et à toute ma génération, il nous a fait aimer un cinéma que l’on ne connaissait pas. C’est un homme de berceuse avec sa voix si particulière. Ses chansons nous ont rendus tendres, elles nous ont rendus amoureux. Et il y a l’ironie. Une sorte de distance pour lutter contre la violence du monde. Il nous protège.

 

Votre rôle est radicalement différent de celui que vous tenez dans la série Le bureau des légendes d'Éric Rochant, comment fait‑on pour passer d’un personnage à l’autre avec autant de naturel ?

MA : ce grand écart est possible parce qu’on fait partie d’un groupe. C’est ça, la beauté du cinéma ou de la musique ou du théâtre. Et c’est pour ça que je ne pourrai jamais être écrivain… Que ce soit la force de Rochant ou celle d'Etgar Keret ou de Shira Geffen, cela vous emmène dans des endroits insoupçonnés. C’est la même chose avec les Dardenne, Desplechin, tous. Quand vous sentez que quelqu’un est habité par son histoire, vous avez envie de passer du temps avec lui et de tout lui donner. Après il faut bosser.

 

C’est‑à‑dire ?

MA : il faut être à la hauteur du cadeau que l’on vous fait. Il faut le rendre au centuple. C’est un échange. Ne sachant pas jouer parce que je n’ai jamais appris ce métier, je suis obligé de travailler beaucoup.

Par Cédric Melon • Publié le 04/05/20
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