le 18 mars 2026 - 13h02

Ryan Gosling, un film à lui tout seul

De passage à Paris pour l'avant‑première de Projet dernière chance, disponible et souriant, Ryan Gosling est revenu sur cette aventure spatiale hollywoodienne hors normes. 

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Ryan Gosling à la Première mondiale de Projet dernière chance à Londres, le 9 mars 2026 © Stills Press

Quelle a été votre première réaction en lisant le livre ?

Je me suis dit que c’était impossible. On me l’a donné à une période où les cinémas et les tournages étaient à l’arrêt, et c’était de loin la chose la plus ambitieuse que j’avais lue. J’ai tout de suite senti qu’il y avait là quelque chose d’important, tout en me disant que je ne ferais probablement jamais partie d’un projet pareil. Puis la question est devenue : comment faire ? Mais ça valait vraiment le coup. C’était un projet très spécial, presque un cadeau. Le produire et le voir exister à l’écran, c’était énorme. J’ai compris que la seule façon d’y arriver, c’était de m’entourer des meilleurs. Et aujourd’hui, six ans plus tard, on y est. On l’a fait.

 

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à adapter ?

Rocky, sans hésiter. Dans le livre, mon personnage rencontre un extraterrestre, ils deviennent amis et ensemble ils sauvent les étoiles. Mais Rocky ne ressemble à aucun extraterrestre que l’on a l’habitude de voir. Ce n’est pas une créature immédiatement familière ou rassurante. Il est presque comme une pierre, sans visage, incapable de respirer la même atmosphère que nous, impossible à toucher puisqu’il est mille degrés plus chaud. Tout est compliqué, jusqu’à la communication elle‑même. Et pourtant, il fallait que cette relation fonctionne. Le film est très ancré dans la science, très crédible, mais c’est aussi une histoire de tendresse et d’humanité. À la fin, on est prêt à mourir pour lui. Il fallait réussir cela pour être fidèle au livre.

 

Comment avez-vous donné vie à Rocky ?

James Ortiz, le marionnettiste, a été essentiel. On a conçu la marionnette, réfléchi à la manière de la filmer et à son fonctionnement technique, mais il fallait surtout quelqu’un capable de l’incarner. James a compris Rocky si profondément qu’on pouvait presque oublier le script. On improvisait pendant des heures dans la peau de ces personnages. À force, je me suis réellement attaché à cet extraterrestre en face de moi. Par moments, j’avais l’impression de vivre une vraie relation avec lui. Et la caméra capte cela. C’est une grande part de la magie du film.

 

Votre personnage est loin du héros traditionnel…

Oui, c’est quelqu’un d’assez peureux. Il a peur de beaucoup de choses, même de sa propre vie, déjà sur Terre. Ce n’est pas un aventurier. C’est un universitaire, un biologiste moléculaire, qui quitte la recherche pour enseigner les sciences dans un collège parce qu’il ne croit pas vraiment en lui‑même. Ce film raconte son parcours, pas celui d’un héros classique. C’est l’histoire de quelqu’un qui apprend à croire en lui‑même et à découvrir qui il est vraiment.

 

Comment avez‑vous travaillé cette redécouverte de soi, puisque le personnage souffre d’amnésie au début du film ?

On a tourné dans l’ordre chronologique, et ça a été déterminant. La première scène filmée était celle de mon réveil, à la sortie du coma, avec l’amnésie. Pendant cent jours, on a tourné presque uniquement avec moi face à la caméra. Je construisais le personnage en temps réel. Il se lave, se coupe les cheveux, retrouve des t‑shirts, des objets, des indices sur ce qu’il a pu être. Les astronautes morts pendant le voyage avaient chacun une boîte d’effets personnels, avec des photos de famille et des souvenirs. C’était très émouvant. Cela m’a amené à me poser des questions très simples : qu’est‑ce qui définit une identité ? Qu’est‑ce qui fait qu’on reste soi ? Si l’on perd ses souvenirs, reste‑t‑on la même personne ? Une grande partie de ce cheminement s’est vraiment faite devant la caméra, et je crois que cela se ressent.

 

La musique joue‑t‑elle un rôle clé dans l’équilibre du film, entre drame et comédie ?

Absolument. Je pense que la musique est l’ingrédient secret de presque tous les films. Il est difficile d’imaginer Hitchcock sans Bernard Herrmann, Spielberg ou Star Wars sans John Williams, ou Leone sans la musique d’Ennio Morricone. On ne rend pas assez hommage aux compositeurs. Spielberg raconte qu’un réalisateur peut amener le public au bord des larmes, mais que seul John Williams peut vraiment le faire pleurer. Je trouve cela très juste. La musique, c’est le sang qui fait vivre un film. C’est essentiel.

 

Avez-vous réussi à faire le film que vous vouliez faire ?

Oui. Ce qui m’avait frappé dans le livre, c’était avant tout ce qu’il me faisait ressentir. Je me suis dit que si on parvenait à transmettre au public une émotion comparable, alors on tiendrait quelque chose de juste. Aujourd’hui, ce qui me touche le plus, c’est de voir que les gens réagissent précisément à cela : à ce que le film leur fait ressentir.

 

Au fond, de quoi parle vraiment Projet dernière chance ?

Je crois qu’il nous rappelle que nous sommes capables de bien plus que ce que nous imaginons.

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