Cinécult’
Freddy : dormir et mourir
Sur Elm Street, une rue ordinaire et paisible plantée de petits pavillons douillets, les adolescentes sont terrorisées dans leurs rêves par un croquemitaine au visage brûlé et aux griffes effilées, un certain Freddy Krueger. Mais bientôt, la frontière entre le sommeil et le réel ne résiste plus aux assauts du tueur sanguinaire. Premier volet culte de la série, Les griffes de la nuit constitue l’un des classiques du genre, quant à Freddy, il a depuis rejoint le panthéon des monstres de l’horreur. La réalisation de Wes Craven est plus efficace que jamais !
Au cours des années 80, un genre prolifique fait irruption sur les écrans de cinéma, croisant le teen‑movie (le film pour adolescents) et le conte horrifique (le slasher), basé sur un schéma immuable montrant les exactions d’un tueur le plus souvent masqué, victime d’un traumatisme dans son enfance, fanatique de l’arme blanche (couteau, scie, hache, lance, tournevis…) et de chairs encore laiteuses.

Les débuts
Même si le véritable précurseur du genre fut le giallo au milieu des Seventies (La baie sanglante et L’île de l’épouvante de Mario Bava contiennent la plupart des codes), le coup d’envoi du genre est donné par John Carpenter en 1978 avec Halloween, dont Rob Zombie signera en 2007 une perle de remake (cliquez pour accéder au test). Soit la naissance d'un personnage mythique : Michael Myers, machine à tuer qui terrorise la petite ville d’Haddonfield, Illinois. Le succès phénoménal du film engendre alors l’apparition massive d’autres maniaques du couteau : Jason Voerhees (Vendredi 13 en 1981) et surtout Freddy Krueger, qui débarque en 1984 dans Les griffes de la nuit (A Nightmare on Elm Street) de Wes Craven. L’année 2003 verra même la rencontre entre Jason et Freddy dans Freddy contre Jason de Ronny Yu, rappelant les face-à-face titanesques opposant Dracula, Frankenstein et le loup-garou dans les farces filmiques d’Abbot et Costello.

Very bad trip…
Si l’on y réfléchit, l’argument original des Griffes de la nuit fait penser à ces vers de Shakespeare dans Hamlet (« Dormir, mourir… »), et exploite à merveille la peur enfantine du monstre sous le lit à la nuit tombée. Non pas celle du fantôme, mais plutôt de l’univers effrayant et si réaliste des rêves, inquiétude que Craven prend au pied de la lettre. Dans ce film, dormir, c’est littéralement mourir. Existe-t-il un individu capable de résister indéfiniment au sommeil ? Non, évidemment, et Freddy Krueger, l’homme au visage cramoisi et aux griffes d’acier, le sait bien. Il n’a qu’à attendre son heure… 

Le moteur de la vengeance
En 1984, Craven a déjà réalisé de nombreux films souvent trash (La dernière maison sur la gauche, La colline a des yeux), mais à petit budget. Avec Freddy, il s’inscrit dans la voie du genre (même si en 1984, il est déjà voué à la répétition), mais y ajoute une touche onirique (rêve, cauchemar, réalité et impressions se confondent) qui fait tout l’intérêt du film grâce auquel la série pourra se poursuivre et se renouveler. En plus, Freddy Krueger a une histoire. Si Michael Myers tue à cause de sa pathologie, Freddy, lui, arrache la vie pour se venger. En effet, ce tueur d’enfants, qui a étranglé sa femme sous les yeux de sa petite fille, fut jugé mais relâché faute de preuves. Les habitants de sa ville natale, Springwood, le lynchèrent et mirent son corps dans une chaudière en flamme. Des années plus tard, le croquemitaine griffu revient chez lui et décide de se venger sur les descendants de ses tortionnaires. Autrement dit, Freddy incarne le refoulé d’une communauté fondée sur le meurtre (L’Amérique ?), et joue un rôle comparable à celui des fantômes du brouillard de Fog de John Carpenter. L’Amérique se voyait comme le pays du rêve réalisé, Wes Craven filme son cauchemar. Est-ce un hasard si la rue par laquelle Freddy débute sa croisade punitive s’appelle Elm Street, du nom de celle où JFK fut assassiné à Dallas en 1963 ?

Pour le pire et le meilleur
Le succès des Griffes de la nuit est énorme et doit beaucoup à l’interprétation hallucinée et cynique de Robert Englund. Un si bon filon ne pouvait rester sans suite. Aussi, les années 80 voient-elles le retour périodique de Freddy sous l’œil de jeunes cinéastes, dont certains (Renny Harlin, Stephen Hopkins) deviendront des pointures. Mais, lassé de voir sa progéniture se guignoliser toujours plus, Wes Craven décide de reprendre ses griffes en main et signe en 1994 Freddy sort de la nuit, mise en abîme vertigineuse du mythe lui-même (le film se déroule pendant le tournage du « prochain Freddy »), qui annonce la trilogie Scream.

Freddygraphie
1984 : Les griffes de la nuit (Wes Craven) • 1985 : La revanche de Freddy (Jack Sholder) • 1987 : Les griffes du cauchemar (Chuck Russel) • 1988 : Le cauchemar de Freddy (Renny Harlin) • 1989 : L’enfant du cauchemar (Stephen Hopkins) • 1991 : La fin de Freddy (Rachel Talalay) • 1994 : Freddy sort de la nuit (Wes Craven) • 2003 : Freddy contre Jason (Ronny Yu) • 2010 : Freddy, les griffes de la nuit (Samuel Bayer)
Jean-Baptiste Thoret - Publié le 27/09/10






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