Cinécult’
Paul Schrader : cinéaste et trublion de génie
Né en 1946 dans le Michigan, Paul Scharder est un homme de l'ombre. Acteur, réalisateur et scénariste contrarié à qui l'on interdisait d'aller au cinéma enfant, il se rattrape très vite en signant des essais et des ouvrages critiques (Transcendental Style : Ozu, Bresson, Dreyer), avant de passer à l'écriture de scénarios.
Encore aujourd’hui, le nom de Paul Schrader évoque immanquablement un scénario, celui de Taxi Driver, qu’il écrit pour Martin Scorsese en 1976 en dix jours à peine. Or, après trois autres scripts pour De Palma (Obsession, où il revisite Vertigo d’Alfred Hitchcock), Pollack (Yakuza) et Flynn (Rolling Thunders), Paul Schrader passe très vite à la réalisation, signant quelques‑uns des joyaux du cinéma US.

Sa griffe
Dès Taxi Driver, la griffe Schrader apparaît. Obsédé par le thème du rachat, de la rédemption et de la culpabilité (il n’est pas étonnant de le voir retravailler avec Scorsese en 1988 notamment pour le script de La dernière tentation du Christ), il aime plonger ses personnages dans des milieux radicalement différents et observer leur difficile adaptation. Travis Bickle, ancien du Vietnam, convaincu qu’il est un élu envoyé par Dieu pour purifier la ville de ses maux, constitue le personnage schradérien type. Taraudé par la faute, passant presque tout le film à un minutieux travail d’expiation, il est tour à tour ange exterminateur ou démon séducteur (Walken dans Étrange séduction ou Richard Gere dans American Gigolo). Même lorsqu’il n’est pas soumis aux tentations de la ville, le héros de Schrader est miné par la culpabilité et la faute. Ainsi, dans The Affliction (1998), Nick Nolte incarne le shérif d’une petite bourgade de l’Amérique profonde, qui souffre de ne pouvoir pardonner à son père acariâtre (James Coburn) sa méchanceté. Dans Hardcore (son meilleur film qu’il réalise en 1979), Schrader offre à George C. Scott le rôle d’un père de famille puritain et calviniste (Schrader a suivi la même éducation), contraint de débarquer un jour à Los Angeles dans les milieux de la pornographie afin de retrouver sa jeune fille disparue. Plongée tragique dans ce qui représente pour lui l’enfer du péché, Hardcore illustre parfaitement les préoccupations de son auteur.

Ses films
Pour ses premiers pas de réalisateur, Paul Schrader choisit en 1978 de poser sa caméra dans le monde de l’entreprise, acte courageux lorsque l’on sait la réticence de Hollywood à l’égard de ces milieux. Ce sera Blue Collar. Une usine automobile se trouve en proie à une révolte d’ouvriers (les « Blue Collars » en anglais), que l’un d’entre eux (Sally Field) tentera de canaliser. Coups bas, chantages, menaces de licenciement, humiliation et destruction des syndicats, Schrader dresse un portrait sans concessions du monde du travail. Le film traduit bien le désarroi qui touche l’Amérique des années 70. Après l’assassinat de Kennedy, de Luther King, les émeutes de Watts et le scandale du Watergate, les terres de l’Oncle Sam vacillent sous le poids du doute et de la méfiance. Tandis que le monde occidental subit son premier choc pétrolier, Schrader et les cinéastes de sa génération remettent en cause le modèle économique américain et soulignent que la « poursuite du bonheur » (amendement premier de la Constitution) n’est plus assurée pour tous.

Sa vision
Dans ses scripts ou dans ses propres films, Paul Schrader a toujours cultivé une certaine désillusion. En 1979, il réalise coup sur coup Hardcore et aussi American Gigolo, qui révèle Richard Gere au grand public et forge son image de sex-symbol. Quatre ans plus tard, il choisit de réaliser un remake de La féline de Jacques Tourneur. Nastassja Kinski incarne cette créature somptueuse qui, rongée par ses désirs sexuels (pour elle, ils sont les signes d’une faute), se transforme en panthère noire. Si Tourneur avait choisi le hors-champ, Schrader, lui, nous montre tout. Suivront notamment Mishima, belle évocation biographique de l’écrivain, Light Sleeper (où il offre à Willem Dafoe l’un de ses plus beaux rôles), le fascinant Étrange séduction (de jeunes mariés tombent à Venise sous le joug d’un couple diabolique aux fantasmes sexuels particulièrement raffinés), The Affliction, The Walker

Sa filmographie en tant que réalisateur
1978 : Blue Collar • 1979 : Hardcore, American Gigolo • 1982 : Cat People (La féline) • 1985 : Mishima, a Life in Four Chapters • 1987 : Light of Day • 1988 : Patty Hearst • 1990 : The Comfort of Strangers (Étrange séduction) • 1992 : Light Sleeper • 1997 : Touch • 1998 : The Affliction • 2003 : Auto Focus • 2007 : The Walker

Sa filmographie en tant que scénariste
1975 : The Yakuza de Sidney Pollack • 1976 : Taxi Driver de Martin Scorsese, Obsession de Brian De Palma • 1977 : Rolling Thunder de John Flynn • 1979 : Old Boyfriends de Joan Tewkesbury • 1986 : The Mosquito Coast de Peter Weir • 1988 : The Last Temptation of Christ de Martin Scorsese • 2000 : À tombeau ouvert de Martin Scorsese
Jean-Baptiste Thoret - Publié le 07/06/11







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