Don’t Look Back In Anger
Si vous n’avez pas passé les quinze dernières années enfermé dans une grotte, vous savez probablement que le groupe Oasis, composé en gros des deux frères Gallagher et de leurs sidemen, a explosé en 2009 à Rock en Seine avant de se reformer en 2024 pour une tournée lucrative, qui reprendra d’ailleurs l’été prochain. Disney+ diffuse à partir d’aujourd’hui un documentaire, Don’t Look Back in Anger, sur cet improbable retour.
Bien sucré, mais un peu amer
Quinze ans après leur séparation à Rock en Seine, Oasis a donc annoncé son retour en 2024 avec une tournée événement. Une tournée qui reprendra cet été, et qui affiche déjà complet ! C’est ce retour que raconte le documentaire Don’t Look Back in Anger, présenté il y a quelques jours hors compétition au Festival de Venise, avant de sortir brièvement en salles dans la foulée.
Ne tournons pas autour du pot : ne comptez pas sur ce documentaire signé Dylan Southern et Will Lovelace (produit par Steven Knight) pour nous expliquer le pourquoi du comment de la brouille la plus célèbre de l’histoire du rock, ni même celui, au‑delà des considérations pécuniaires, de la réconciliation quinze ans plus tard. C’est vraiment l’éléphant dans la pièce, celui auquel on pense durant ces 2 heures d’autocélébration à peine voilée. Cela manque cruellement, d’autant que la connivence entre les deux frères ne saute pas vraiment aux yeux, surtout au début de la tournée.

On a vu le doc sur le retour d’Oasis
Le documentaire enchaîne les déclarations bien senties, du cri du cœur de Liam ou Noel, on ne sait plus : « Non, nous ne sommes pas un groupe de droite, nous invitons tout le monde », à cette autre sortie : « Que tout le monde se retourne ! Même les bourgeois et même ceux qui ont acheté des places pas chères ! Ah ! J’oubliais, personne n’a eu de place pas chère, ici… » (rires). Pire, le doc voudrait nous faire croire que ce retour est dû à la constatation que face à la détresse du monde et au marasme ambiant, les deux frères ne pouvaient pas faire autrement que de reprendre le chemin des stades pour nous donner du baume au cœur… Gros coeur avec les doigts...
Bref, on l’a compris, tout le documentaire baigne dans le bon sentiment, ce qui devient un peu exaspérant quand on se souvient qu’on aimait justement Oasis pour son côté mauvais garçons assumés. Un bon coup de polish sous lequel résistent tout de même quelques moments politiquement incorrects, signés Liam, forcément, ainsi que cet aveu touchant et tellement vrai de Noel sur son frère : « Il ne chante pas, il crie les paroles qu’il a écrites et c’est peut‑être justement ça qui fait la force d’Oasis ».

© Joshua Halling/Disney+
Le kiff de réécouter Oasis
Pour le reste, on aurait aimé voir un peu plus de coulisses, de répétitions, le premier concert n’arrivant qu’au bout de 25 minutes de film, entendre davantage de chansons dans leur intégralité et surtout moins subir de témoignages de fans, forcément peu objectifs. Tous essayant qui plus est de nous persuader qu’Oasis reste un groupe de prolos qui parle aux prolos. Ce qui prête un peu à sourire quand on connait le prix des places pour aller les avoir en live.
Heureusement, le film restitue merveilleusement l’énergie démente des concerts, la force des hymnes d’Oasis et l’amour de son public transgénérationnel (le duo de réalisateurs avait déjà capté la fin du groupe LCD Soundsystem et leur concert d'adieu avec une énergie folle, voir Shut up and Play the Hits).
Au terme des 2 heures de documentaire, on n’a qu’une envie : réécouter leurs albums à fond au casque et acheter une place de concert. L’une de ces deux envies étant tout de même bien sûr, plus facile à assouvir que l’autre.