Evil Dead Burn
Encore une fois, le Livre des Morts est ouvert par erreur, ce qui va fatalement réveiller de nombreux démons. Ces derniers vont s'en prendre à Alice, une jeune Française récemment mariée à un restaurateur américain. Un couple qui bat de l'aile. Heureusement, Alice peut compter sur le soutien de son beau‑frère, en couple avec sa meilleure amie.
La mort vous va si bien
Excellente idée de Sam Raimi d'avoir confié la réalisation du nouvel opus de sa franchise Evil Dead au réalisateur de Vermines, le Français Sébastien Vaniček. Ce sixième film de la saga, Evil Dead Burn, est en effet une très bonne surprise. Non pas que son scénario, signé Sébastien Vaniček et Florent Bernard, réinvente le genre, loin de là, mais le film coche pas mal de cases du bon film de genre, gore à souhait. Par ailleurs, il fait vaguement le lien avec l'opus précédent, ce qui constitue un geste assez appréciable pour les fans.
Dans les émissions de cuisine, on dirait même que le film est généreux. Généreux en hémoglobine, généreux en jump scares, généreux en monstruosités et en inventions morbides. Bref, si l'on est venu voir un film de genre gore, on est servi, et copieusement. Sans être très original, le film pousse tout de même plusieurs curseurs assez loin.

En tout cas, le réalisateur, que l'on avait repéré avec son premier long métrage arachnophobe, ne déçoit pas. Il s'accommode aisément des contraintes d'une franchise vieille de presque cinquante ans, tout en y insufflant sa propre grammaire et ses petites obsessions. À commencer par une sublime photographie signée Philip Lozano, qui pose à la fois une ambiance et une cinégénie évoluant à mesure qu'Alice, incarnée par Souheila Yacoub, s'enfonce dans l'horreur et derrière le miroir de la normalité de son couple. Car, bien évidemment, Sébastien Vaniček connaît parfaitement la règle du bon film d'horreur qui veut qu'il parle, à travers le genre, d'un travers de notre société.
On l'aura vite compris, le sous‑texte de cet Evil Dead Burn tourne autour du thème des familles dysfonctionnelles et des maris toxiques. Les démons qui s'emparent des corps ne sont en fait que les révélateurs du refoulé des personnages possédés. Le scénario enfonce les portes ouvertes et s'enlise dans la prévisibilité, mais c'est surtout sa manière d'exécuter les scènes de violence, ou plutôt les exécutions, que l'on retiendra.
La caméra se montre toujours très imaginative, sans forcément chercher l'esbroufe. On peut faire peur et faire beau à la fois, à l'image de ce sublime plan d'Alice surexposée par l'incendie derrière elle, ou encore de cet affrontement en plan‑séquence au bas d'un escalier. Les chorégraphies des affrontements tournent parfois même à l'hommage à Gene Kelly, c'est dire. Ici, ce n'est pas le danseur et le salon qui tournent à 360°, mais le monstre et la salle de bains.
Meurs un autre jour
On regrettera tout de même un manque flagrant d'imagination dans la violence. L'inventivité en la matière fait toujours le sel des bons films d'horreur. Ce sera pour une autre fois. Un débroussailleur ne fera jamais aussi bien qu'une tronçonneuse. On notera tout de même un effort pour ancrer cette violence dans un quotidien presque trivial. Après avoir vu le film, vider un lave‑vaisselle ne devrait plus vraiment être une corvée… Et l'on n'ouvrira plus une bouteille de vin comme avant.
On remarquera aussi que, contrairement à la mode actuelle, l'humour ne sert pas de contrepoint à l'horreur brute, et c'est tant mieux. Que l'on se rassure, il y en a un peu, notamment avec le personnage de la grand‑mère, mais il est habilement réparti, tout comme les quelques références hexagonales, ou du moins francophones, du film.

Bien sûr, on vous engage fortement à rester après le générique, car comme dans un bon concert rock, il y a forcément un rappel. Bien sûr, les acteurs ne gagneront pas d'Oscar avec ce film, même s'ils se donnent à cor et à cri. Bien sûr, la musique et le sound design sont d'une importance capitale. Par moments, d'ailleurs, le film se repose un peu trop sur eux, malheureusement.
À défaut de tout brûler, comme l'annonce son titre, cet Evil Dead Burn reste dans la lignée de la saga et se classe assurément parmi ses cinq meilleurs opus. Malheureusement, il n'y en a que six.