Que connaissiez‑vous du mythe Evil Dead ?
Je connaissais celui de 2013, celui de Fede Álvarez : c’est le premier que j’ai vu. Ensuite, j’ai compris que c’était un remake d’une franchise des années 1980. Je me suis alors intéressé au premier volet… et là, j’ai réalisé ce que c’était que d’avoir 25 ans et de tourner un long métrage avec les moyens du bord. Surtout, j’ai ressenti cet amour du cinéma que Sam Raimi avait derrière la caméra. C’était vraiment… une très grande chose !
On sent ce même amour du cinéma dans votre film…
Moi, j’adore jouer avec la caméra depuis mes courts métrages. Et c’est vrai que, dès que j’ai eu la possibilité de faire un long avec Vermines, j’ai voulu tout essayer avec les moyens dont je disposais. Avec Evil Dead, j’ai eu la sensation d’avoir encore plus de jouets, et donc de pouvoir m’amuser davantage, d’aller plus loin. Mais une chose était sûre : chaque scène que nous allions tourner, je voulais la pousser au maximum de ce que je pouvais faire, artistiquement en tout cas.
Un film américain, qu’est‑ce que ça change ?
Déjà, on a plus de moyens. J’ai pu jouer avec plus d’outils, j’ai voulu en faire plus… Mais de toute façon, je veux toujours aller au maximum de ce que j’ai à ma disposition. Un budget plus important, pour moi, c’est juste plus de matière pour m’exprimer. Les histoires, elles, restent les mêmes. Pour l’instant, je n’ai pas d’immeuble qui explose avec des gens qui volent, je reste sur des récits intimes. Mais voilà, j’ai plus de jouets pour créer des scènes qui, je l’espère, seront impressionnantes et prendront le spectateur à la gorge.
Justement, dans une franchise, il y a quand même des carcans. Si ma mémoire est bonne, votre film est le prolongement direct du précédent ?
En fait, personne ne nous a obligés à faire la suite du précédent. C’est juste que nous n’avions pas envie de répéter ce qui avait déjà été fait dans les autres films, c’est‑à‑dire : un personnage qui ouvre un livre et récite des incantations latines. Et il est vrai que le précédent film avait laissé un démon en liberté. Nous nous sommes simplement dit : « Utilisons ce démon ! ». C’est notre lien. Ensuite, nous racontons notre histoire. L’idée est de donner au spectateur l’impression que tout était calculé depuis le début, mais ce n’est pas le cas. Nous avons juste essayé de faire un film qui fonctionne pour ceux qui ont vu les précédents, mais aussi pour ceux qui découvrent Evil Dead.
C’est un film qui mise sur l’ambiance, pas forcément sur le gore pur. Il y a un crescendo. Comment créez‑vous cela avec les comédiens ?
Le plus important, ce sont les énergies. Savoir gérer celles des comédiens, les comprendre, bien les connaître. Le secret, c’est de voir qui est bon à la première prise, qui l’est à la troisième, qui a besoin de décompresser avant la prise en rigolant… ou, au contraire, qui a besoin de s’isoler.
Moi, au bout d’un moment, je deviens quelqu’un qui écoute surtout, qui regarde, qui observe pour obtenir le meilleur, au moment où je le veux. Il y a un côté chef d’orchestre : j’ai d’excellents violonistes, cellistes, pianistes… et je dois leur faire jouer leur meilleure partition, au bon tempo.
Comme dans Vermines, il y a dans votre Evil Dead un sous‑texte social qu’on ne va pas dévoiler pour ne pas spoiler. Est‑ce important pour vous de ne pas juste faire peur ?
Nous voulons faire des films divertissants, des films pop‑corn, des films que les gens adorent. Mais si, en même temps, nous pouvons aussi leur raconter quelque chose de profond, avec des personnages complexes… Pour moi, c’est ça, l’essence du cinéma. L’horreur est un super vecteur pour transmettre des idées, tout comme la comédie : ce sont des genres cathartiques. Le spectateur a besoin de se détendre en riant ou de se faire peur. Personnellement, je ne me verrais pas écrire des histoires qui n’auraient ni propos ni engagement.