20 octobre 2026 - 10h28

Karma

année
2026
Réalisateur
InterprètesMarion Cotillard, Denis Ménochet, Leonardo Sbaraglia
éditeur
genre
sortie salle
21/10/2026
notes
critique
6.5
10
A
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© Christophe Brachet
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© Christophe Brachet
© 2026 Iconoclast/Caneo/Pathe Films/M6 Films/Mid March Media
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Au nord de l’Espagne, Jeanne mène une vie heureuse avec Daniel, même si le couple n’arrive pas à avoir d’enfant. Heureusement, elle est très complice de Mateo, son filleul de 6 ans. Mais un jour, celui‑ci disparaît. Jeanne, principale suspecte, se réfugie alors en France, dans son ancienne communauté religieuse.


Karma sutra

Si le dernier film de Guillaume Canet, qui passe encore une fois derrière la caméra mais sans jouer lui‑même, est très efficace, il n’en demeure pas moins balisé, voire très classique. 


Avec déjà deux thrillers à son actif en tant que réalisateur (Ne le dis à personne et Blood Ties), Canet connaît son sujet sur le bout des doigts et maîtrise assurément les codes du genre. Son scénario aurait pu être signé Harlan Coben, Michel Bussi ou tout autre auteur de page‑turners que cela n’aurait étonné personne.


C’est pourtant avec le monteur Simon Jacquet qu’il a écrit cette histoire taillée sur mesure pour son ex‑compagne, Marion Cotillard, qui peut donc à loisir dévoiler toute l’étendue de son jeu mais aussi de ses mimiques, parfois bien exaspérantes. C’est sans doute aussi pour cela que l’intrigue se déploie autour de deux quêtes parallèles, avec un montage alterné parfois un peu trop systématique : celle de Daniel, qui cherche à retrouver Jeanne, et celle de Jeanne, qui cherche à retrouver Mateo. Le film alterne ainsi entre les deux jusqu’au troisième acte, où les deux trajectoires finissent par se rejoindre. Sur près de 3 heures, le récit prend le temps de développer ces deux histoires, au point qu’on aurait aisément pu en tirer deux films distincts. C’était peut‑être une idée à creuser…

 

© Christophe Brachet

© Christophe Brachet

 

Mais c’est le parti pris du réalisateur que de les avoir entremêlées. Un pari payant puisqu’il est clairement impossible de ne pas se laisser happer par le film, ou du moins par l’une des deux intrigues et son protagoniste principal. L’ensemble reste tout de même bien indigeste. Car cela se fait au détriment de la réalisation, bien trop sage pour ce genre de film. On a connu Guillaume Canet plus inspiré derrière la caméra. Ici, la forme passe après la narration, qui aurait gagné à aller davantage à l’essentiel plutôt que de suivre une trajectoire aussi alambiquée.


Heureusement, le réalisateur peut compter sur la puissance de jeu de ses acteurs, Denis Ménochet en tête, ainsi que sur la sublime photographie signée Benoît Debie. Sans oublier, bien sûr, la bande originale de Yodelice qui met bien en relief ce qui se passe à l’écran tout en fonctionnant toute seule.


Secte air
Le grand point positif du film est assurément l’immersion qu’il nous propose dans l’enfer d’une communauté religieuse aux dérives sectaires et coercitives. Le décor est certes classique, mais l’univers de Karma sonne très juste, même s’il est étrangement magnifié par la photographie du film. C’en est parfois troublant. La soumission, le mépris de l’individu et la violence latente au cœur de cette confrérie religieuse se trouvent parfois contrebalancés par la beauté des lieux et cette impression diffuse d’être dans une publicité Herta des années 2000 : « Le plaisir des choses simples ».

 

© Christophe Brachet

© Christophe Brachet


L’atmosphère est pesante mais le résultat est visuellement splendide. Car, de fait, la violence de cette communauté est rarement frontale : elle est surtout suggérée. Jeanne enregistre les abus pour en conserver une preuve sonore, mais ne les filme pas, par exemple.


Karma fait confiance à ses spectateurs mais joue aussi régulièrement avec eux, si bien que, très vite, on ne fait plus vraiment confiance à ce qui est dit ou montré. La tension retombe alors inévitablement et l’artificialité du procédé saute aux yeux.


Reste le plaisir simple de l’histoire qu’on nous raconte. En somme, Karma donne l’impression de lire un roman de Freida McFadden, Joël Dicker ou Harlan Coben : on sait que ce n’est pas de la grande littérature, mais c’est efficace. On repose le livre et on passe à autre chose.

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