Lanterns
Il y a des noms qui donnent instantanément envie de découvrir leurs créations. Damon Lindelof (Lost, The Leftovers) est de ceux‑là. Associé à Chris Mundy et Tom King pour Lanterns, la troisième série du récent DC Universe (après les sympathiques Creature Commandos et Peacemaker), l'homme a déjà prouvé par le passé sa vision singulière du monde des super‑héros, avec son adaptation atypique de Watchmen.
En vert et contre tous
Dans Lanterns, la promesse initiale se veut encore une fois assez éloignée des comics mettant en image ces « gardiens de la paix de l'espace ». Hal Jordan, un Green Lantern expérimenté en charge de protéger la Terre et son secteur, entraîne un peu malgré lui une nouvelle recrue, John Stewart. Ils vont alors enquêter sur une mystérieuse fusillade survenue dans une petite ville du Nebraska. Il n'est pas question ici de multiplier les combats épiques dans l'espace, mais plutôt de se concentrer sur un duo d'enquêteurs terre à terre façon True Detective.
Outre les passages d'enquête pure, le show cache bien d'autres centres d'intérêt. Certains épisodes développent par exemple plus que prévu le lore lié aux Green Lanterns, faisant même quelques références au film Superman de James Gunn sur lequel s'appuie le nouveau DCU. Pas de quoi perdre les néophytes puisque le tout est très digeste. Les amateurs de comics, eux, pourraient rester sur leur faim. Comme pour Watchmen, Lindelof et ses compères préfèrent se concentrer sur d'autres thématiques, à commencer par la psyché et les motivations des personnages principaux, finalement profondément humains.

La relation complexe entre Hal et John est évidemment centrale, dans une sorte de buddy movie toxique réjouissant bourré de sous‑texte. Si la question raciale est moins présente et subtile que dans Watchmen, elle est pourtant là, accompagnée de questions sur l'éducation, la fierté, la pression de prouver sa place, ou encore la peur, centrale chez les Lanterns. On appréciera également que la plupart de nos héros, à cause de leur attitude notamment, sont loin des stéréotypes habituels et finissent haïs par la population.
Plus globalement, il s'agit d'une déconstruction agréable qui n'a pas besoin de la vulgarité permanente de The Boys pour parvenir à se démarquer. Les dialogues et le casting sont excellents (cœur sur Kelly Macdonald) et compensent quelques épisodes un peu en dessous et une action un peu chiche. Le tout a aussi le mérite de ne pas être bêtement linéaire, avec une narration qui joue plus d'une fois avec les lignes temporelles pour construire un récit riche et intriguant, qui prend régulièrement des directions imprévues.
Prendre des Messies pour des Lanterns
Lanterns n'est pas la meilleure œuvre de Lindelof (qui n'est pas seul à bord, rappelons‑le). Le mélange des genres drame et super‑héroïque fonctionne bien, mais laisse parfois le sentiment de tomber un peu court dans les deux domaines. Reste que le show a le mérite de proposer quelque chose de différent et d'assez audacieux dans un monde de séries calibrées pour obtenir un succès facile. Il donne également hâte de revoir ses personnages pour une hypothétique saison 2 (que l'on espère un peu plus galactique) ou d'autres projets DCU.