Interview
Zoé Félix - Captifs
Dans le survival français Captifs, l’actrice Zoé Félix fait montre d’un talent insoupçonné pour les rôles physiques et éprouvants.

En visionnant Captifs, on note d’emblée des références évidentes au personnage de Ripley dans Aliens le retour
ZF : Aliens était la référence de Yann (Gozlan, le réalisateur, NDLR). Quand il m’a parlé de Captifs, il m’a demandé de visionner un autre film avec Sigourney Weaver, La jeune fille et la mort de Polanski. Il trouvait que dans ce rôle‑là, elle était d’une grande sensibilité et en même temps très forte. Nous les femmes, on a ça en nous, la force et la fragilité. Souvent, on m’a employée comme « la femme de ». Je ne le renie pas du tout, mais c’était l’occasion d’essayer autre chose…

Vous avez dû subir une préparation physique assez intense !
ZF : pas vraiment. Je n’aime pas courir, mais quand on me dit « Action », je fonce ! En fait, on a préparé le rôle de manière plus cérébrale. Le réalisateur nous a surtout fait travailler l’enfermement psychologique, puisque durant une bonne partie du film, nous sommes emprisonnés dans des cellules sans savoir pourquoi. On a beaucoup répété, car c’était son premier long métrage, et il avait besoin d’être rassuré. D’autant qu’il y avait beaucoup de contraintes d’argent et de temps.

Tous les codes du survival sont là…
ZF : Yann n’avait surtout pas la prétention de révolutionner quoi que ce soit, ni de faire un chef‑d’œuvre. Il voulait suivre une trame classique, réaliser un film efficace, haletant. Un thriller, en fait, avec un personnage féminin, ce qui est suffisamment rare pour être notifié. J’ai appris qu’on appelait ça des survival. J’ai fait mon survival, je suis très contente !

En termes de direction d’acteur, est‑ce l’une de vos expériences les plus probantes ?
ZF : oui, de toute façon, plus j’avance dans le métier, plus ça devient probant. Et puis il y a un langage très particulier entre un réalisateur et une comédienne, ça ne passe pas toujours par des dialogues. Il y a des regards, une forme d’hypnose, quelque chose qui se met en place. Au fur et à mesure, j’arrive de mieux en mieux à l’appréhender. Avec Yann, c’était assez didactique, très cérébral. On a beaucoup parlé et répété avant le tournage. On a aussi essayé des choses avec Arié et Éric (Elmaleh et Savin, ses partenaires à l’écran, NDLR), sur l’angoisse, la peur. On a loué des salles de répétition. Yann nous filmait, c’était un vrai pré‑travail, ce que l’on fait rarement d’habitude.

Aviez-vous déjà reçu des propositions pour ce genre de film ?
ZF : c’était une première. Vous savez, je ne reçois pas beaucoup de propositions (rires). On me propose des comédies, des ersatz de Clara Sheller. C’est un rôle qui a été marquant, celui d’une fille d’aujourd’hui, un peu délurée, avec ses histoires d’amour… On me propose souvent la même chose, mais je n’ai pas envie de le faire, puisque je l’ai déjà fait. Je n’ai pas beaucoup le choix. Mais il faut aussi en vivre. J’espère que Captifs donnera des idées à des réalisateurs. Je trouve qu’aujourd’hui, on ne se rencontre plus avec les réalisateurs. Quand j’ai commencé, ce n’était pas comme ça. Mais ça a beaucoup changé en dix ans. Désormais, il y a cette histoire de « bancabilité »… On nous dit qu’il faut faire des entrées. En même temps, le cinéma d’auteur n’aime pas les films qui font des entrées, parce que ce sont souvent des comédies. Les gens du cinéma d’auteur, ça ne les intéresse pas de me rencontrer. Ils se disent qu’on m’a déjà vue dans des comédies (elle incarnait la femme de Kad Merad dans Bienvenue chez les Ch’tis, NDLR). J’ai déjà une étiquette. On ne cherche pas à imaginer que dans un contre‑emploi, ou plutôt dans un autre emploi, je pourrais aussi assurer. Quand Yann m’a proposé ce rôle, ça m’a flattée et touchée, car il a vu en moi une sensibilité, et aussi quelque chose de physique. Il voulait une comédienne un peu athlétique, pas une brindille. J’aimais bien l’idée d’être utilisée avec mon corps, mais d’une manière un peu plus originale que d’habitude.

Ça vous tenterait, un pur polar ?
ZF : oui, bien sûr, tout me tente, du moment qu’on peut m’imaginer dans le rôle. Ce qui m’intéresse, c’est la rencontre avec un réalisateur. Béatrice Dalle dit souvent qu’elle ne lit pas les scénarios, et je comprends très bien sa démarche. On a besoin d’être « en amour » avec le réalisateur. C’est quelqu’un qui porte un regard sur vous. On se sent belle, on se sent aimée. J’ai besoin d’être désirée, de rencontrer quelqu’un qui a envie de me voir d’une certaine manière. C’est pour ça que je déplore qu’on ne rencontre plus les réalisateurs. Je ne sais pas ce qu’il faut faire. Leur écrire une lettre ? Je ne trouve pas ça très naturel. Mais je pense que je vais finir par faire des démarches, moi aussi. J’admire beaucoup l’audace d’autres comédiennes. Ça me paraît tellement difficile. C’est par humilité, pas du tout par prétention. Je n’ose pas dire : « J’aime beaucoup ce que vous faites, je rêve de travailler avec vous ». Il faut que j’apprenne à faire ça !

C’est d’ailleurs dommage que les réalisateurs ne soient pas plus présents dans les médias…
ZF : oui, c’est vrai que c’est dommage, et aussi qu’on n’interroge pas plus les acteurs sur des questions de fond. C’est quand même un métier qui donne lieu à des conversations assez profondes. Et la manière dont les acteurs sont surmédiatisés, c’est une façon de niveler par le bas et d’endoctriner le public pour parler de choses futiles. On nous demande nos adresses beauté, les créateurs qu’on aime, la crème qu’on met, nos adresses de restaurants… Mais on s’en fout ! Alors il reste les magazines spécialisés. Car la télé, c’est un no man’s land au niveau du cinéma.

C’est la crise en ce moment ?
ZF : oui, c’est la crise. Bon, en ce qui me concerne, ça a toujours été un peu la crise ! (rires). Ça a toujours été un peu lent, lancinant, mais c’est sans doute lié à ma personnalité. Je n’y gagnerais pas à être trop présente non plus. Mais j’ai l’impression que c’est un phénomène assez généralisé. Quand je croise des amies actrices, elles me disent que les propositions sont rares, elles font toutes des compromis financiers, et même artistiques. Je viens d’apprendre qu’il n’y avait que 25% de rôles féminins dans le cinéma français. Je comprends pourquoi on galère toutes !
Par Laurence Mijoin • Publié le 24/02/11
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