Interview
Rick McCallum - Star Wars : épisode I - La menace fantôme
Producteur chez Lucasfilm, Rick McCallum est celui à qui l’on doit les Éditions Spéciales de la saga Star Wars en DVD en 2004. Sa collaboration avec George Lucas remonte en fait au début des années 90, à l’époque de Radioland Murders de Mel Smith. Ils travaillèrent ensuite ensemble sur la série TV Les aventures du jeune Indiana Jones. Devenu l’homme de l’ombre de Lucas, il assurera enfin la production des trois nouveaux volets de la saga. Vous allez le découvrir, le bras droit de George Lucas n’a pas vraiment sa langue dans sa poche…

Au cours d’une interview il y a quelques années (rappelons ici que cet entretien a été réalisé fin 2006), William Friedkin a déclaré que le succès de Star Wars avait changé la façon de « faire du cinéma » à Hollywood. Qu’en pensez‑vous ?
RM : William Friedkin a dit une énorme connerie. Il a oublié qu’il a fait un film avant Star Wars qui s’appelle L’exorciste, et que question blockbuster, il se plaçait là ! Sauf que ce film a coûté bien plus d’argent que l’épisode IV de Star Wars. Ensuite, Friedkin a essayé toute sa vie de réitérer l’exploit sans jamais y parvenir. En fait, la seule raison qui l’a poussé à tourner L’exorciste était sa nature de blockbuster… Toutes les critiques qui s’appuient sur le fait que Les dents de la mer ou Star Wars ont changé la manière de produire des films à Hollywood sont de la connerie à l’état pur.

Il évoquait certainement l’art de l’exploitation, du marketing et des produits dérivés. Une brèche ouverte par George Lucas tout de même…
RM : ce que je peux vous dire, c’est que L’exorciste a été soutenu par Warner. À sa sortie, aucun autre film n’avait bénéficié d’une telle couverture de salles et jamais autant d’argent n’avait été dépensé dans la publicité. À l’inverse, et c’est cela qui énerve Friedkin, Star Wars a commencé sa carrière dans vingt‑deux salles de cinéma sans aucune pub. Personne n’y croyait. Star Wars appartenait carrément à la culture underground. Friedkin se trompe : Lucas n’est en aucun cas responsable de son incapacité à séduire un public de masse.

Avec la seconde trilogie, Lucas a volontairement pris le risque de se mettre à dos ceux qui avait adoré la première, en visant un public bien plus jeune. Pourquoi ?
RM : à partir du moment où Lucas a décidé de tourner une nouvelle trilogie, nous savions que cette entreprise gigantesque était risquée. Mais il voulait à tout prix séduire une nouvelle génération de fans à travers la planète. Il voulait attirer dans les salles les gamins entre 8 et 12 ans. Il devenait donc rigoureusement impossible de contenter tout le monde. Avant même d’avoir commencé à tourner un seul plan de l’épisode I, on a créé une quantité industrielle de problèmes avec les fans de la trilogie historique. On s’attaquait à leur rêve de gosse ! C’est même devenu un phénomène très intéressant à analyser. Aujourd’hui, la majorité des aficionados de la nouvelle trilogie déteste la première, et inversement.

Quel est votre sentiment personnel par rapport à la pertinence des Éditions Spéciales de la première trilogie ? (NDLR : ayant servi de base pour ce coffret Blu-Ray…)
RM : je vais être franc. L’empire contre‑attaque dans sa version cinéma est définitivement l’épisode que je préfère. Mais je respecte aussi le concept qui veut qu’un réalisateur puisse, grâce à la technologie, revenir sur une œuvre qui ne le satisfait pas complètement. À l’époque, il a dû faire énormément de compromis sur les trois films. Il n’avait pas assez d’argent, de temps. Même le studio ne croyait pas au projet. Sur le plateau, personne ne comprenait ce qu’il voulait faire. Certaines personnes se foutaient même ouvertement de sa gueule. Alors, lorsqu’il a eu l’opportunité de faire ces Éditions Spéciales, il n’a pas hésité une seule seconde. En plus, il n’a fait que tourner ce qu’il y avait dans les scripts originaux.

Mais ce sont les fans, en faisant de Star Wars un immense succès intersidéral, qui ont permis financièrement à George Lucas de faire ces Éditions Spéciales…
RM : oui, mais il ne faut pas oublier non plus que cette décision ne vient pas d’un studio mais de George Lucas lui‑même. Et George est l’homme qui les a fait rêver avec Star Wars. Le minimum que les fans puissent faire pour lui, c’est de respecter sa décision, même si elle ne leur plaît pas. Que les fans le veuillent ou non, ce sont ces films‑là, ces Éditions Spéciales, qu’il souhaitait vraiment tourner à l’origine.

Pour terminer, de quel personnage vous sentez‑vous le plus proche dans tout l’univers Star Wars ? Très franchement…
RM : physiquement, je ressemble à Jabba the Hutt (rires). Mais je préfère quand même R2D2, parce que rien ne l’arrête jamais.
Par Cédric Melon • Publié le 16/09/11
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