Interview
Louis Leterrier - L'incroyable Hulk
Enfant de la balle, Louis Letterier débute derrière la caméra par quelques publicités et courts métrages, tout en suivant des études de cinéma à la New York University. Après avoir assisté Jean-Pierre Jeunet sur le tournage d'Alien, la résurrection en 1997, il revient en France aux côtés de Luc Besson qui lui confie les ficelles de Danny the Dog. Le début d'une carrière internationale, mais aussi d'un style sec teinté d'émotion. Retour sur une aventure « monstrueuse ».

Ce film était-il une commande ou bien une réelle envie de votre part ?
LL : même si cela n’a pas toujours été le cas auparavant, en ce moment, je tourne des films qui me plaisent. J’ai fait mes classes avec Luc Besson, et depuis, on me propose énormément de projets. Un jour, on m'a demandé si Hulk était un personnage qui m’intéressait. Réponse : oui. En fait, j’ai un rapport affectif très fort avec la série originale, et même si j’ai beaucoup de respect pour le premier film d'Ang Lee, en tant que fan du comics et de films de divertissement, son long métrage ne m’avait pas comblé. J'ai donc tenté le pari.

Adaptation de la série ou du comics ?
LL : le film commence comme la série TV avec la genèse du héros, un prologue et une séquence sur Bruce Banner. Puis arrive Lyv Tyler et on entre de plain-pied dans la bande dessinée, mais façon actuelle. En fait, je ne voulais pas raconter l’histoire de Bruce Banner de travers et me concentrer uniquement sur les scènes d’action. Je souhaitais réussir aussi bien la créature que le chemin de l’homme. Je me suis aussi permis quelques clins d’œil à la série, en reprenant la musique originale par exemple, ou en faisant appel à Lou Ferrigno (l’interprète de Hulk dans la série, NDLR) pour la voix de Hulk.

Comment avez-vous appréhendé les effets spéciaux, et ceux de Hulk en particulier ?
LL : la chair, c'est ce qu’il a de plus difficile à faire. J’ai tenté d’utiliser une technique d’incrustation numérique maîtrisée. D’ordinaire, dans les films à effets spéciaux, on essaie toujours d’innover et d’être les premiers à faire tel ou tel effet, ce qui n’est pas toujours heureux dans la mesure où on découvre la technique en même temps qu’on tourne le film. Là, je suis retourné un peu en arrière en matière d'effets spéciaux afin d'obtenir le meilleur résultat possible. J'ai aussi opté pour des optiques de caméra et une certaine mise en scène. Ce qui a permis de « salir » la synthèse et d'ancrer la créature dans la réalité. J’y ai même pris du plaisir.

Comment s’est passée votre collaboration avec Edward Norton ?
LL : Edward est un homme très intellectuel et très sérieux. Il faut arriver à briser quinze pains de glace avant de commencer à entrapercevoir un début de relation amicale. Ma première rencontre avec lui, ça a été l’enfer. Il me regardait droit dans les yeux et, pendant tout notre entretien, je crois qu’il n’a pas cligné une seule fois des yeux. Je me demandais s’il me détestait ou s’il me prenait pour un crétin. Il devait avoir vu Le transporteur 2 (rires). Mais au final, on a réussi à se mettre d’accord en se disant qu’on ne se mentirait pas sur ce qu’on était en train de faire, et tout a bien roulé entre nous. Le seul problème, c’est qu’Edward passe trois heures pour te dire un truc que tu as compris au bout de trois secondes, mais qu’il ne faut surtout pas l’interrompre pendant qu’il développe. S’il n'a pas réussi à sortir ce qu’il a à dire, il ne peut pas avancer. Mais très franchement, ça valait le coup d’attendre. Ça s’est moins bien passé avec Marvel. Surtout dans les moments où il fallait faire des choix importants de direction. Rien de grave au final, la presse américaine a largement exagéré notre conflit…

Une suite ?
LL : le film se termine sur la première image de The Avengers. Je ne sais pas si je ferai la suite de Hulk, mais je pense que ce serait intéressant de penser à un film choral avec Iron Man, Hulk, Captain America et Thor (super-héros réunis dans le comics The Avengers, NDLR). Mais avant, je vais faire Le choc des titans. Une nouvelle version écrite par Lawrence Kasdan et Frank Darabond. Un film énorme avec de la synthèse et du maquillage. Ce ne sera pas vraiment un remake du film précédent, mais une histoire plus développée. Je suis très heureux et impatient.
Par Cédric Melon • Publié le 21/01/09
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