Interview
Mickey Rourke - The Wrestler
Rencontre avec celui qui inspira de nombreux comédiens, de Brad Pitt en George Clooney en passant par Benicio Del Toro. Celui qui était, au sommet de sa gloire, encore plus connu que James Dean… Après une chute vertigineuse longue de quinze ans, l'étoile a enfin fini de laisser filer le temps.

En tant que grand adepte de boxe, quelle opinion aviez-vous au sujet du catch avant ce film ?
MR : je n’avais pratiquement aucune considération pour le catch. Même aucune. La boxe est un sport pour lequel j’ai beaucoup de respect et qui nécessite une grande intégrité. Le catch correspond plus à un divertissement où tout est arrangé. C’est un peu comme une chorégraphie. Je n’avais donc pas beaucoup de compassion pour les catcheurs, jusqu’aux deux mois d’entraînement qui ont précédé le tournage. Je me suis retrouvé quatre fois à l’hôpital, j’ai passé trois IRM et je me suis rendu compte que ces gars-là ne faisaient pas semblant et qu’ils pouvaient se faire très mal. Aujourd’hui, j’ai du respect pour le catch et les catcheurs.

Lorsque Darren Aronofsky, le réalisateur, vous a proposé ce rôle, avez-vous pensé que c’était un défi, un challenge ou plutôt un combat ?
MR : j'ai pensé que c'était plus ou moins une opportunité. Une chance. En fait, je n’aimais pas particulièrement le scénario. Mais j’avais entendu parler de Darren Aronofsky et de la manière dont il a orchestré sa carrière. Si ce gars avait voulu, compte tenu du système hollywoodien, il aurait pu se faire une montagne de pognon en tournant des films commerciaux. Au lieu de cela, il est resté à Brooklyn où il est né. Il fait peut-être des films difficiles, mais il a gardé son intégrité. C’est ce qui m’a poussé à accepter The Wreslter, parce que j’aime les réalisateurs intègres. Au début de ma carrière, j’ai eu la chance de travailler avec des metteurs en scène du calibre de Francis Ford Coppola, et lorsque je tournais pour Michael Cimino, Alan Parker ou Adrian Lyne, j’avais toujours Coppola comme point de référence. Avec Darren Aronofsky, je me suis retrouvé en face de quelqu’un qui a les mêmes exigences que Francis Ford Coppola.

Dans la presse américaine, au moment de la sortie du film en salles, les journalistes ont beaucoup parlé de résurrection pour décrire votre performance à l'écran. Est-ce vraiment le cas ?
MR : en ce qui me concerne, la résurrection a duré quatorze ans ! Il y a sept ans à peu près, ils ont commencé à lâcher du lest. Ils m’ont laissé travailler deux jours par-ci, trois jours par-là. J’ai travaillé un petit peu avec Tony Scott (Man on Fire, Domino), Roberto Rodriguez (Sin City), et c’est parce que je me suis bien tenu pendant un certain nombre d’années que cela a pu se produire. Il ne me restait plus qu’à gagner la confiance d’autres réalisateurs pour revenir. Tout le monde a un jour l’opportunité dans sa vie de livrer son plus grand et son plus beau combat. Mais pour cela, il faut être en forme et bien le préparer. Et c'est parce que j’ai changé ma façon de faire, parce que j’ai acquis le sens des responsabilités, que Darren s’est rendu compte, en parlant avec d’autres réalisateurs et producteurs, de ce changement. Et il s'est battu pour moi.

Quels souvenirs gardez-vous de votre période de boxeur dans les années 90 ? 
MR : cette période était amusante ! Mais elle était assez autodestructrice. Je faisais des films de merde à ce moment-là, et la boxe me permettait de me concentrer sur quelque chose que j’aimais et de me discipliner. Je suis persuadé que c’est la boxe qui a fait de moi un meilleur acteur.

Comment s’est passée votre première rencontre avec Darren Aronofsky ?
MR : je me suis renseigné au sujet de Darren avant de travailler avec lui. J’ai entendu dire de lui que c’était un dur à cuire. Je respecte ça, car cela signifie que vous ne faites pas de compromis, que vous êtes exigeant. Quand je l’ai rencontré la première fois, j’ai su qu’il allait me faire sortir les tripes, j’ai su qu’il voulait que je saigne pour ce film.

Pendant votre traversée du désert, le cinéma vous a-t-il manqué ?
MR : tout le temps où j’ai boxé, le cinéma ne m'a pas manqué une seule seconde ! Pas une seule ! Mais le jour où les médecins m’ont dit que je ne pouvais plus faire de boxe, il m’a terriblement manqué ! Seulement, je ne pensais pas que cela allait demander tant d’années pour revenir. J’ai raté beaucoup de films et j’essaie de rattraper le temps perdu. Si ma santé me le permet, je vais encore botter un maximum de culs pendant de nombreuses années !
Par Cédric Melon • Publié le 02/09/09
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