le 16 février 2026 - 14h43

Joshua Safdie : Chalamet bien

En réalisant Marty Supreme, Josh Safdie s'est émancipé de son frère Benny avec lequel il avait tourné Uncut Gems, Good Times ou encore Mad Love in New York. Mais surtout, l'aîné des frères Safdi réalise un véritable hold‑up, comme Hollywood les aime tant. Son film est en passe d'exploser les scores du box‑office, de multiplier les récompenses et les nominations et de faire l'unanimité critique : le combo suprême !

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Timothy Chalamet et Joshua Safdie (à droite) sur le tournage de Marty Supreme

Faut‑il voir Marty Supreme comme une sorte de récit initiatique, un coming of age movie ?

Absolument. D’ailleurs, quand j’ai commencé à discuter du projet avec Eli Bush, l’un des producteurs, il m’a tout de suite dit : « Mais c’est un film d’apprentissage ! ». Et je suis entièrement d’accord. Je peux citer comme source d’inspiration des romans comme L’apprentissage de Duddy Kravitz de Mordecai Richler, ou encore Qu'est‑ce qui fait courir Sammy de Budd Schulberg…

 

Une poignée de romans nous ont inspiré ce film, tous inscrits dans cette tradition du coming of age que vous évoquez. Pour moi, ce genre raconte le passage d’un garçon à l’âge adulte, ou d’une fille d'ailleurs. Mais la maturité, au fond, c’est surtout un voyage, et ce qu’on projette sur ce voyage en termes de transformation. J’aime beaucoup le concept d’hétérotemporalité. C’est un mot un peu étrange qui signifie qu’on ne pense pas le temps de manière linéaire. Ce qu’on en retire est plus important que le trajet lui‑même. Et c’est ça, au fond, un récit d’apprentissage.

 

Ce n’est donc pas un hasard si le film commence par la chanson Forever Young et se termine avec Everybody Wants to Rule the World ?

Effectivement, tu as remarqué la juxtaposition entre Alphaville au début et Tears for Fears à la fin. La beauté de Forever Young, c’est cette promesse de jeunesse, l’idée qu’on pourrait rester jeune pour toujours. Il y a même un passage de la chanson qui n’est pas dans le film, où il est dit quelque chose comme : « Tant de chansons qu’on a oublié de jouer, tant de rêves surgissant de nulle part, laissons‑les devenir réalité ». C’est cette idée du rêve qui surgit sans prévenir, et qu’on choisit d’embrasser. Quand on est jeune, on peut le faire, parce qu’on est souple et agile.

 

À l’inverse, la mélancolie de Everybody Wants to Rule the World, c’est cette prise de conscience : la promesse de la jeunesse existe, mais la réalité, c’est que tout le monde ne dirige pas le monde. Et dans cette chanson, il y a aussi l’angoisse de l’époque où elle a été écrite, en pleine Guerre froide. Tout semble s’effondrer, et pourtant la production est très exaltée. Ce contraste est fascinant. C’est la jeunesse qui hante l’avenir, la jeunesse qui hante la vieillesse.

 

Marty est une vraie tête à claques mais vous réussissez à le rendre tout de même attachant. Quel est le secret pour rendre un personnage antipathique, finalement aimable pour le public ?

Je pense que le trait fondamental de Marty est qu’il est romantique. C’est un magicien. Un rêveur. Ces qualités sont attirantes parce qu’elles défient la réalité. Elles cherchent quelque chose de plus grand que la vie. Et il y a une forme de pureté là‑dedans. Mais la vie est dure. Et pour atteindre certains sommets, il faut être persévérant. Vraiment persévérant. Marty a un rêve auquel personne ne croit. Et s’il n’y croit pas plus que tout le monde, ce rêve est condamné à échouer. Cette persistance peut agacer. Il y a une arrogance, une forme d’acharnement qui peut rebuter. Il est toujours dans l’attaque, jamais dans la défense, d’une certaine manière. Moi, je le trouve souvent charmant. Et puis on voit l’enfant en lui, sa jeunesse. Quand on est jeune, on est un peu idiot. Le sens des conséquences est complètement faussé.

 

Son monde paraît immense. Si tu fous en l’air un monde ici, ce n’est pas grave, tu peux aller ailleurs, explorer un autre rêve, un autre chemin… Et cette idiotie de la vingtaine, dans le film, a quelque chose de charmant. En tant que spectateur, on se dit : il va apprendre. Il va apprendre. Et voir surgir ces moments de rêve, de bonheur, d’euphorie, de romantisme, ça permet de rester accroché, de s’investir dans son rêve. Rêver, c’est universel.

 

Tout comme les exploits sportifs, en fait…

Les films sportifs fonctionnent beaucoup là‑dessus. On soutient le joueur parce que c’est notre personnage. C’est la force du récit. Si tu regardes un sport sans récit, tu ne sais pas qui encourager. Là, on sait qui est notre personnage. Il fait partie de notre histoire. Et sans récit, on est tous un peu perdus.

 

Pourquoi Timothy était‑il la personne idéale pour incarner ce personnage ?

Parce qu’on a écrit le rôle pour lui. Quand je l’ai rencontré, j’ai vu un jeune rêveur. Un garçon intense que je n’avais encore jamais vu jouer. C’était avant qu’il ne devienne Timothée Chalamet, celui que tout le monde connaît aujourd’hui. Je l’ai rencontré lors d’une avant‑première. Il était là, présent, mais pas encore là où il voulait être. Il n’était pas encore Timothée Chalamet. J’ai rencontré ce que j’appelle « Timmy Supreme ».

 

Je voulais explorer cette ambition. Explorer la naïveté que demande le fait d’être un rêveur. Ce que ça signifie d’être un rêveur presque pathologique. Je crois profondément que quand on choisit un acteur, on choisit aussi son essence. Et on observe comment il va utiliser le personnage pour explorer quelque chose de plus profond en lui‑même. Et cette part de Timmy, avant qu’il ne devienne la star qu’il est aujourd’hui, je pense qu’on la voit clairement à l’écran.

 

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