Il raconte : « J’ai contacté Cubby après le triomphe des Dents de la mer. J’avais toujours voulu réaliser un James Bond depuis le jour où j’avais vu Dr. No, alors je l’ai appelé et je me suis proposé. Je lui ai dit que s'il avait besoin d’un réalisateur, j’adorerais en faire un. Et il m’a répondu non ».
Fausse notre entre Albert « Cubby » Broccoli et Steven Spielberg
Quelques années plus tard, Broccoli rappelle Spielberg après la sortie de Rencontres du troisième type. Il souhaite utiliser le célèbre motif musical de cinq notes du film pour une scène de Moonraker, sorti en 1979. Spielberg pose alors une condition : « Je vous propose un marché. Je vous autorise à utiliser les cinq notes si vous me laissez réaliser un James Bond ». Et il a dit non. Mais je lui ai quand même donné les cinq notes. Ils m’ont donc systématiquement refusé, en tout cas Broccoli. Il ne m’a jamais expliqué pourquoi il ne voulait pas me laisser entrer dans la famille Bond ».
Spielberg, une dent contre le père de Bond
Spielberg raconte également avoir confié cette histoire de rejet à George Lucas en 1977, alors que les deux hommes se trouvaient ensemble à Hawaï, dans l’attente de la sortie du premier Star Wars. De cette confidence est née une proposition décisive. « George m’a dit : "J’ai quelque chose de mieux que Bond. Ça s’appelle Indiana Smith". C’était le titre à l’époque. Il m’a raconté le principe de la saga Indiana Jones, et c’est comme ça que j’ai décroché ce boulot. Donc, si on me demandait aujourd’hui de réaliser un James Bond, ma réponse serait : "Vous n’avez pas les moyens de vous offrir mes services" ».
Point final (cut)
Autant dire que ce refus obstiné et cette absence d’explication resteront un mystère. Un mystère qui n’est pas sans rappeler l’impossibilité, tout aussi tenace, de voir Christopher Nolan, lui aussi grand admirateur de 007, prendre un jour les commandes de la franchise. Dans les deux cas, on peut imaginer que Spielberg comme Nolan auraient réclamé une liberté artistique et un Final Cut que le clan Broccoli a toujours refusés à ses réalisateurs. Ceci explique peut‑être cela. En attendant, castrer symboliquement, le vautrer dans le wokisme et à la fin tuer James Bond, ne semble visiblement pas poser de problème. Parfois, les voies du cinéma sont décidément impénétrables.