Interview
Olivier Marchal - 36, quai des Orfèvres
À l'époque du succès en salles de son film et après son échec à la cérémonie des César, nous avions rencontré Olivier Marchal, alors à l'heure du bilan. Retour sur une aventure intense et forte en émotions.

Après le succès en salles, les nominations aux César et vos autres projets que l'on imagine nombreux, avez-vous envie de tourner la page ?
OM : oui, j'ai envie de tourner la page. Je m'étais dit que la soirée des César serait pour moi la deadline. Malheureusement, cette cérémonie m'a laissé un goût de cendre dans la bouche. Je n'ai pas été déçu, parce que je n'ai pas été surpris. J'ai plutôt été triste de voir les réactions et le comportement de certains. J'ai été peiné par le mépris affiché non seulement pour 36, mais aussi envers les films de Jean-Pierre Jeunet, Yann Moix et Christophe Barratier. J'aime vraiment beaucoup Christophe. Il n'a pas la prétention d'être autre chose que ce qu'il est. Dans Les choristes, il y a de l'émotion, c'est bien fait et c'est un très beau premier film. La récompense, c'est cette espèce de cabale intello du cinéma français, qui est celle qu'on connaît et qui n'a pas changé. J'ai été triste pour les acteurs, notamment pour Daniel Auteuil qui n'a pas remporté le César, alors qu'il le méritait largement plus que la personne qui l'a eu. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, je ne suis pas du tout aigri, c'est déjà formidable d'avoir eu huit nominations. Ensuite, comme je l'ai déjà dit, j'ai reçu 2 millions de César. Ce sont les 2 millions de personnes qui sont allées voir 36. Pour moi, c'est énorme. C'est vrai qu'après ça, ce sont mes producteurs de chez Gaumont qui ont été assez perturbés par ces résultats. Ils auraient aimé récolter quelques lauriers, parce qu'ils sont très fiers du film, comme moi je peux l'être.

Oui, mais il y a eu aussi beaucoup d'autres conséquences heureuses…
OM : oui, je suis allé présenter le film aux États-Unis. Je suis tombé sur un public formidable à New York. Les salles étaient pleines et les gens participaient aux débats après le film, et cela pouvait durer une bonne partie de la nuit ! Tout le monde était très enthousiaste. Les distributeurs là-bas ont insisté pour qu'un remake ne soit pas tout de suite mis en chantier, pour que le film puisse sortir dans sa version française. Ça, c'est la plus belle des récompenses.

Vous avez dû être très sollicité après le succès de 36 ?
OM : oh que oui ! Je suis réalisateur, 36 a fait 2 millions d'entrées, il a récolté huit nominations aux César, du coup, tout le monde m'a appelé ! Alors ça a été tout et n'importe quoi. J'avais parfois jusqu'à quarante messages sur mon portable. Comme je suis quelqu'un qui ne sait pas dire non, et qui a toujours cette angoisse du lendemain qui déchante et peur de se retrouver sans travail, j'ai mis plusieurs casseroles à bouillir. Même si j'ai rencontré beaucoup de monde passionnant, j'ai aussi eu affaire à des gens qui n'ont pas eu un comportement très élégant. Je me suis raisonné et j'ai signé mon troisième film avec Gaumont. Maintenant, j'ai envie de vraiment m'isoler, enfin, et de continuer à écrire.

Allez-vous continuer de faire des films avec la même ambition artistique ?
OM : moi, ça m'a donné envie de continuer et de répondre en fait à mon plaisir de spectateur. En tant que cinéaste, qui est un mot bien pompeux -en tant que réalisateur en tout cas- on est toujours confronté à ce problème de vouloir être accepté par l'intelligentsia du cinéma français. Si tu ne fais pas un film qui est potentiellement bon pour Cannes ou pour les Cahiers du Cinéma, tu es toujours happé par une espèce de remise en cause. Je suis issu d'un milieu très modeste, je viens de la police, je suis un acteur, j'ai fait des courts métrages, du théâtre, et pourtant, je me sens toujours exclu de cette famille « d'auteurs ». Quand tu fais des films de genre comme le polar, de surcroît populaires, tu es en plein paradoxe. Tu as cette envie d'être accepté par ces gens-là, même si ce n'est pas une priorité, et de te diriger vers ce qui te plaît le plus. Mon ambition est de me laisser guider par mes envies et le cinéma que j'aime. Un mix entre le film d'Audiard, De battre mon cœur s'est arrêté, et celui de Clint Eastwood, Million Dollar Baby. Garder cette profondeur qu'il y a dans 36 et en même temps réussir à susciter l'émotion comme Eastwood sait très bien le faire. Quand je revois 36, je me dis que tout n'est pas parfait. Mais le film m'a rassuré et appris. Il ne faut jamais douter sur un tournage. Tu peux éventuellement te poser des questions en rentrant chez toi le soir, mais c'est tout. Il faut aussi que je réussisse à dire non et à faire les bons choix très vite, parce qu'après, je le paie en fatigue et le film en baisse de qualité. Je pense que le prochain, je l'aborderai avec beaucoup plus d'assurance.
Par Cédric Melon • Publié le 04/03/09
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