Interview
Chris Fallows - Les requins : les attaques spectaculaires du grand blanc
Naturaliste, photographe animalier et plongeur émérite, le Sud‑Africain Chris Fallows est mordu de requins depuis toujours. Fidèle collaborateur de Discovery Channel, il a participé au documentaire Les requins : les attaques spectaculaires du grand blanc, mettant son expérience et sa bravoure au service de ce projet dont l’objectif est de mettre en valeur la beauté du grand blanc. Pour continuer à sensibiliser le grand public, encore échaudé par Les dents de la mer

Comment est née votre passion pour les requins ?
CF : j’ai commencé à collaborer avec un programme bénévole à Gansbaai (village sud‑africain célèbre pour sa population de grands requins blancs, NDLR), et c’est là que je me suis retrouvé confronté à la beauté du grand blanc. Mais j’ai toujours été attiré par la nature.

Le documentaire auquel vous avez participé, Les requins : les attaques spectaculaires du grand blanc, se concentre sur un comportement très spécifique du grand requin blanc, observé en Afrique du Sud : sa faculté de sauter hors de l’eau pour attraper sa proie. Pourquoi avoir décidé d’axer le doc sur ce point précis ?
CF : j’ai collaboré pour la première fois avec Discovery Channel en 2000 et l’objectif était de faire prendre conscience de la grâce et de la majesté de cette créature.

En tant que photographe animalier, pensez‑vous que l’art puisse contribuer à sensibiliser l’opinion publique et faire prendre conscience que le grand requin blanc est avant tout une espèce menacée ?
CF : absolument. À travers les images, les gens peuvent se rendre compte de la beauté des espèces sauvages. Avec un peu de chance, cela leur donnera envie de protéger ces animaux. J’ai la chance de pouvoir vivre des expériences incroyables, mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Ces photos permettent de faire partager ces rencontres.

Vous prenez des risques pour vous approcher au plus près de ces animaux afin de les photographier ou les filmer. Ressentez‑vous toujours une montée d’adrénaline quand vous plongez à leurs côtés ?
CF : dans ces moments‑là, je suis toujours très excité. Avoir la possibilité de voir ces requins de si près me procure toujours des sensations fortes, c’est extraordinaire.

Avec votre société, Apex Shark Expeditions, basée au Cap, vous proposez notamment des plongées en compagnie des grands requins blancs, dans des cages de protection. Ne pensez‑vous pas que ce type d’activité puisse modifier de manière négative, sur le long terme, le comportement des requins vis‑à‑vis des hommes ?
CF : non, non, pas du tout. Si cela est fait correctement et de manière responsable, les personnes intéressées peuvent contempler le comportement naturel des requins lorsqu’ils chassent l’otarie, et nous n’interférons pas du tout lors de ces observations. Apex Shark Expeditions met un point d’honneur à toujours traiter les requins avec le plus grand respect, et c’est pourquoi nous avons presque 50% des personnes qui reviennent chaque année. Notre société a toujours été le premier choix pour quiconque s’intéresse sérieusement à la nature et souhaite en apprendre plus à ce sujet. Toute forme d’interaction avec les animaux a un impact. Mais emmener les gens voir les requins et essayer de les « éduquer » en leur montrant leur beauté est quelque chose de bien plus intéressant que de faire des parties de pêche.

Depuis que vous étudiez le requin, avez‑vous constaté une diminution significative des populations de squales en Afrique du Sud, et ailleurs dans le monde ?
CF : oui, indubitablement. En Afrique du Sud, notre gouvernement autorise encore les filets à requins et le longlining (technique de pêche commerciale utilisant une longue ligne flottant près de la surface et à laquelle sont rattachées d’autres lignes plongeant dans les profondeurs, munies d’hameçons à leur extrémité, NDLR). Ces deux techniques menacent grandement l’avenir des requins. Tout pays qui veut mettre en place une attitude responsable pour la conservation des océans se doit d’abolir ces pratiques.

Avez‑vous remarqué une évolution des mentalités concernant les requins ? Rencontrez‑vous encore des gens convaincus que les requins ne sont que des mangeurs d’hommes ?
CF : oui, ce type de personne existe encore. Pratiquement tous ceux qui raisonnent de cette manière n’ont jamais vu un requin en vrai ou plongé avec ces poissons, et donnent leur point de vue sans savoir. Quiconque plonge régulièrement avec les requins, ou interagit avec eux de manière naturelle, ne les considérerait jamais comme des mangeurs d’hommes bêtes et méchants.

Vous connaissez très bien ces animaux. Mais il reste encore des zones d’ombre à leur sujet. Quels sont les aspects de leur comportement ou de leur mode de vie que vous souhaitez étudier désormais ? Pensez‑vous qu’ils nous réservent encore beaucoup de surprises ?
CF : les requins sont toujours surprenants. Mais, en raison de l’environnement dans lequel ils évoluent, ils restent difficiles à étudier. C’est pourquoi je préfère simplement continuer à les regarder et prendre des notes à partir de ces observations, plutôt que d’opter pour des techniques de recherches plus invasives, comme les attraper pour leur poser des balises par exemple. On peut apprendre énormément, simplement en les regardant évoluer et en enregistrant ses observations de manière régulière et constante.

En tant que naturaliste, avez‑vous remarqué un changement lié au réchauffement climatique ?
CF : oui, sans aucun doute. Le changement du climat est en train d’avoir des répercussions énormes. Nous constatons la disparition d’un grand nombre d’espèces animales dans des régions où elles étaient autrefois abondantes, et nous les voyons apparaître dans des zones où elles n’avaient jamais vécu auparavant. Au moment où je vous réponds, en plein hiver sud‑africain, j’assiste à des inondations alors que c’est en été qu’il pleut habituellement des cordes dans cette région. On ne peut pas prévoir la météo et il semble difficile de définir des constantes. La nature dépend étroitement de l’alternance des saisons, des modifications massives du climat ne peuvent pas être bénéfiques.

Êtes-vous optimiste à propos des décisions politiques d’un point de vue mondial ?
CF : non, simplement parce que les hommes politiques, pour la plupart, s’intéressent uniquement aux votes. Si une modification des pratiques de pêche signifie perdre des voix, les politiciens ne feront jamais ce qui est bon pour l’environnement et opteront pour la solution qui leur rapportera des votes. Mais c’est tellement agréable de voir, de temps à autre, un leader prendre les bonnes décisions, basées sur des données précises. Je crois que ces personnes‑là sont de vrais leaders, et ne sont pas simplement intéressées par l’appât du gain.

Voudriez-vous personnellement vous investir en politique ?
CF : si les hommes politiques m’autorisaient à prendre des initiatives rapides pour régler les problèmes de protection qui s’imposent, sans avoir à céder aux exigences de courants de pensée basés sur la peur, l’ignorance, les traditions ou le désir de conquête, alors oui, je pourrais assumer cette responsabilité, en prenant ce qui me semble être les bonnes décisions pour l’être humain et l’environnement.

Préparez-vous actuellement un autre documentaire ? Si oui, est-ce encore à propos des requins ?
CF : nous venons juste d’achever un documentaire intitulé Shark Invasion ? (« Invasion de requins ? »), qui s’intéresse à la présence de grands blancs près des côtes dans le monde entier. Le doc montre que, paradoxalement, ces requins ont bien plus à craindre de nous que l’inverse, à cause des pêcheurs, des braconniers et des filets à requins qui tuent ces animaux en masse. En juin, nous commençons également à travailler sur un show pour la Shark Week 2012 (une semaine de programmes télévisés et diffusés sur Discovery Channel, dédiés au requin, NDLR), qui présentera le grand blanc dans toute sa splendeur et dont le but sera également de divertir.

Pour plus d’informations : http://www.apexpredators.com
Par Laurence Mijoin • Publié le 17/06/11
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