Cinécult’
Les frères Coen : Oh ! Brothers…
Retour sur une carrière hors norme, à la fois dans et en dehors de la matrice hollywoodienne. Si leurs derniers films sont encore gravés dans nos mémoires, petit retour à leurs débuts et leur passion sans limite pour le cinéma de genre.
Dans la galaxie dorée mais impitoyable des studios hollywoodiens, les frères Coen font figure d’exception. Avec Tim Burton, David Lynch, John Carpenter, les Wachowski ou encore Sam Raimi (Joël Coen débuta comme second assistant réalisateur sur Evil Dead), ils sont parvenus à imposer leur style au sein d’une industrie pourtant peu encline aux fortes personnalités.

Top et flop
Après avoir recueilli d’innombrables prix, reçu les louanges de la critique, les frères Coen ont un moment semblé s’enfermer dans l’impasse qui les guettait depuis leurs débuts : concocter des objets techniquement irréprochables, soignés, mais un peu lisses et attendus. Leur univers, à force d’être singulier et maîtrisé, ressemblait depuis 1998 (The Big Lebowski) à une bulle un peu étouffante. Mais c'était avant leurs très réussis No Country for Old Men (2008), A Serious Man (2010) et True Grit (2011).

Le genre transcendé
Une chose est sûr, leur filmographie témoigne d’une connaissance et d’un goût immodéré pour le cinéma de genre qu’ils révisent à chacune de leur réalisation : le film de gangsters (Miller’s Crossing), le slapstick (Arizona Junior), la comédie sociale à la Capra (Le grand saut), le western (True Grit), chacun de leur film évoluant à mi-chemin entre l’hommage irrévérencieux et la réinvention totale.

Sang pour sang
En 1984, ils signent leur premier film, Sang pour sang, qui sera d’emblée un coup de maître. Ils parviennent à combiner les codes du film noir et une esthétique héritée des gore movies : « Sang pour sang tient plus de notre amour des vieux polars qu’à celui des vieux films, déclaraient-ils à l’époque. Frances McDormand, qui deviendra leur actrice fétiche, ferra également ses premières armes dans ce polar ultra-glauque développant une intrigue tragicomique truffée de citations et de clins d’œil. À partir d’une trame très classique (un patron de bar embauche un détective privé pour suivre sa femme qu’il soupçonne d’adultère), le film bégaie autour d’un trio antipathique : un détective véreux et répugnant (formidable M. Emmet Walsh), une femme allumeuse et un amant aussi lâche que stupide. Les frères Coen imposent une esthétique poisseuse et humide, à l’image de ce cadavre déliquescent qui n’en finit pas d’agoniser. L’action se déroule, comme très souvent, dans une petite bourgade paumée en plein cœur des États-Unis et révèle un sens inné de la mise en scène et du cadre.

Plus noir, tu meurs
Sans jamais tomber dans le cliché publicitaire, les frères Coen proposent, à l’instar des films de Leone ou de Sam Raimi, un traitement maniériste jouissif du film noir. En 1986, Arizona Junior transpose l’univers du cartoon façon Tex Avery. Nicolas Cage y incarne un ex-condamné à mort marié à une femme flic pataude (Frances McDormand). Incapable d’avoir des enfants, le couple va tout faire pour s’en procurer. En 1991, le Festival de Cannes consacre le duo et offre à Barton Fink la Palme d’or… Cauchemar pelliculé aux relents kafkaïens, film dans le film, construction en huis clos très habile, Barton Fink met en scène les tribulations délirantes d’un écrivain à succès (John Turturro) qui tente de chercher son inspiration dans une chambre d’hôtel. « On voulait que le spectateur soit tout le temps déstabilisé, comme le personnage de Barton. Il est perdu dans un environnement étrange, presque hostile », expliquaient alors les frères Coen.

Le grand retour
Après un détour par le film de gangsters (Miller’s Crossing), ils signent une comédie survitaminée : Le grand saut. Paul Newman apparaît sous les traits du grand manitou d’une entreprise et Tim Robbins, héros naïf et chanceux, évoque le Gary Cooper de L’homme de la rue ou La vie est belle de Frank Capra. Mais en dépit de ses qualités, le film sera le premier échec des frères au box-office. Viendront Fargo, qui marque le retour aux premières amours (le polar, mais dans une version solaire et glaciale), The Big Lebowski, puis O’Brother et Intolérable cruauté, où les frères Coen se contentent un peu d’exploiter leur franchise. Ils feront leur grand retour après le déjanté mais décevant Burn After Reading, avec No Country for Old Men, A Serious Man et True Grit. Depuis, ils n'ont plus déçu.
Jean-Baptiste Thoret - Publié le 01/02/12






PLANNING
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