Interview
Carlton Cuse - Lost saison 2
Créateur, producteur exécutif et scénariste de Lost, Carlton Cuse est un homme qui a l’air de savoir ce qu’il veut. Cette rencontre, dans le cadre feutré du Festival de la série télé de Monaco à l'époque de la sortie de la saison 2 en DVD, était l’occasion rêvée d’en savoir plus sur les coulisses de cette série culte.

Quelle est la tâche la plus compliquée que vous ayez régulièrement à accomplir en tant que producteur de Lost ?
CC : en dehors du fait qu’un producteur, sur un tournage, doit sans arrêt gérer une multitude de situations de crise, qu’elles soient liées aux comédiens ou aux finances, je veille avant tout à la qualité des scripts. Le scénario d’un épisode est soumis à trois manipulations différentes. Il est écrit, puis tourné, et enfin, monté. Ma tâche la plus difficile est de faire en sorte que ces trois étapes soient cohérentes entre elles et respectent les intentions du départ. Il faut vraiment avoir une exigence de qualité sans faille.

Cela devrait être l’exigence première de n’importe quel producteur de série. Est-ce qu’être producteur de Lost, c’est avoir la même exigence que tout le monde ?
(Il sourit). J’essaie de faire en sorte que l’histoire soit la meilleure possible, et croyez-moi, ce n’est pas facile. Nous ne sommes pas dans une espèce de série policière ou dans une sorte de franchise qui doit respecter à tout prix des impératifs récurrents. Il n’y a pas de cahier des charges pour Lost. Prenez Les experts. Il y a un cadavre au début de l’épisode et le déroulé de l’histoire consiste à savoir comment les experts vont percer à jour le ou les tueurs qui ont fait le coup. Ensuite, le gars est arrêté à la fin. Basta. C’est ultra-formaté. Dans Lost, avant chaque épisode, vous devez savoir quelles sont les forces en présence, qui sont les méchants, qu’est-ce qui se passe, où est l’intensité dramatique… Écrire un épisode de Lost n’est pas une mince affaire, et la série n’est en aucun cas une formule magique à franchise.

Est-ce que véritablement quelqu’un, impliqué sur le show, connaît toute la vérité, rien que la vérité, depuis le début ?
CC : oui, deux personnes. Moi et Damon (Lindelof).

Juste vous deux ? Et J.J. Abrams, le réalisateur ?
CC : réaliser un pilote à partir d’une idée, et assurer la continuité d’une série, sont deux choses différentes. J’irais même jusqu’à dire que ce n’est pas le même métier ! Ce sont J.J. Abrams et Damon Lindelof qui ont eu l’idée de faire Lost, mais si on a fait appel à moi, c’est pour que le pilote devienne une série viable sur la longueur. À l’époque, même si tout le monde avait adoré le pilote, personne ne croyait au potentiel sur le long terme. Dès que j’ai assuré la fonction de producteur exécutif, nous nous sommes dits avec Damon que nous allions en profiter pour faire exactement ce que nous voulions. Nous étions alors complètement libérés pour développer des mystères, des théories et des épisodes qui ne correspondent pas du tout aux histoires traditionnelles, comme la philosophie ou d’autres thèmes précurseurs pour une série TV grand public. Nous étions clairement dans l’état d’esprit du « ça passe ou ça casse ».

Quelles conditions faut-il remplir pour un comédien afin que son personnage ne soit pas tué ?
CC : il faut simplement être très gentil avec moi (rires). Plus sérieusement, c’est l’histoire qui a le droit de vie et de mort sur tous les protagonistes. C’est vrai que ce n’est pas très évident pour les comédiens, qui jouent sans savoir ce qui va leur arriver prochainement. Mais il est très important que ce jeu cruel fonctionne, sinon le show deviendrait trop prévisible. Les acteurs ont accepté de travailler en temps réel. Ils ne savent pas ce qui se passe sur cette île, quel est leur futur ni même leur passé. C’est ce qui rend le show si vivant. Ils découvrent ce qui arrive quasiment en même temps que vous.

Comment avez-vous accueilli les critiques outre-Atlantique sur la saison 2 qui, justement, reprochent à l’histoire de soulever beaucoup trop de questions qui restent sans réponses ?
CC : ma perception de la série est à l’opposé de ce que vous venez d’évoquer. Je pense au contraire que la saison 2 répond à beaucoup des questions que soulevait la fin de la première saison. À cette époque, on nous reprochait déjà de laisser trop de questions en suspens. C’est quelque chose que nous avons essayé d’atténuer. Je rajouterai qu’un sondage effectué auprès des critiques de séries TV aux États-Unis a élu Lost saison 2 meilleure série dramatique 2005 (il sourit).

Que vous inspirent l’implication des fans de la série et leur détermination absolue pour découvrir tous les mystères de l’île ?
CC : les fans qui se focalisent uniquement sur l’aspect fantastique de Lost vont être singulièrement frustrés. Si on répond tout de suite à ces questions, le show est terminé. On ne pourra le faire qu’au tout dernier moment. Il est plus important que les fans se concentrent sur le voyage que sur la destination finale. Le plus grand mystère de Lost repose sur une question : qui sont ces gens ?

À force de théoriser, est-ce que les fans sont devenus une source d’inspiration pour l’écriture de certains épisodes ?
CC : on n’a pas encore utilisé un tel matériel. En revanche, on y fait régulièrement référence par le truchement des personnages. C’est une sorte d’hommage que nous faisons aux théories que nous avons pu glaner ici ou là sur Internet.

Si un fan trouve la solution au mystère, le direz-vous ?
CC : c’est absolument hors de question ! Mais laissez-moi rajouter ceci, car je sens poindre votre prochaine question : nous n’avons pas encore lu la théorie d’une personne qui s’en rapprocherait. Ensuite, vous ne pouvez pas la formuler en une phrase du genre : c’est le purgatoire. Ce n’est pas aussi simple. Au stade où nous en sommes au cours de cette saison 2, il est impossible pour quelqu’un de trouver la fin de Lost. C’est comme un puzzle et nous n’avons pas encore donné toutes les pièces. Alors l’ordre dans lequel il faut les agencer…
Par Cédric Melon • Publié le 30/10/09
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